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TL;DR : Deux personnes peuvent raconter honnêtement une même conversation de façon différente. L'une retient les mots, l'autre le ton, un témoin la réaction du groupe. Pour examiner une plainte pour harcèlement, il faut donc croiser plusieurs sources : témoignages, messages, notes et documents disponibles. Poser des questions ouvertes, écouter chaque partie selon les mêmes règles, garantir l'impartialité de la personne chargée de l'examen et communiquer les conclusions par écrit sont des étapes essentielles. Une plainte non établie ne signifie pas que son auteur était de mauvaise foi. La médiation peut aider dans certaines situations, avec l'accord des deux parties. Une procédure solide protège aussi la confiance, y compris lorsque la conclusion est difficile à entendre.
Comment Empatyzer vous aide-t-il à préparer des entretiens de clarification équitables ?
Avant de rencontrer les parties, Em vous aide à organiser l'entretien, à formuler des questions neutres et à repérer les moments où l'émotion pourrait compliquer l'écoute. Un appui concret pour les RH et les personnes qui conduisent des échanges sensibles.
Une fonctionnalité pour vous accompagner :
- Parler à Em de votre situation: Travailler des questions ouvertes, distinguer faits et interprétations dans vos notes et préparer une explication sereine des étapes suivantes.
Une seule réunion, deux récits de bonne foi
Pour la responsable, il s'agissait d'un rappel ferme après un retard. Pour le salarié, c'était une humiliation devant toute l'équipe. Les témoins se souviennent surtout d'un ton cassant, moins des mots exacts. Les trois témoignages peuvent être sincères. La mémoire retient certaines choses, le contexte transforme leur signification et chacun interprète les intentions de l'autre. Une enquête sur des faits présumés de harcèlement moral doit donc commencer par reconstituer les événements, avant de porter un jugement sur les personnes.
Dans les investigations professionnelles, on applique parfois le critère de la prépondérance des probabilités : les faits allégués sont-ils plus probables que leur contraire ? Les recommandations australiennes évoquent aussi le principe Briginshaw : plus l'accusation est grave, plus les éléments permettant de conclure doivent être solides. Il faut retrouver les échanges écrits, les notes prises à chaud, les témoins et les personnes à qui les intéressés se sont confiés juste après la scène. L'attitude lors de l'entretien, les larmes ou l'assurance ne constituent pas, à elles seules, des preuves. Il faut surtout éviter le biais de confirmation, qui consiste à chercher uniquement ce qui conforterait une première intuition. Les guides de praticiens sont nombreux, mais les recherches évaluées par les pairs sur la façon dont un enquêteur arbitre entre deux récits contradictoires restent rares. Le code irlandais sur le harcèlement au travail rappelle un point essentiel : un même événement peut être perçu de manière différente par plusieurs personnes.
Pourquoi les versions divergent-elles autant ?
Les chiffres montrent à quel point le regard adopté change le diagnostic. Dans un même groupe de salariés, une étude obtenait une proportion de personnes considérées comme victimes allant de 3,9 % à 39,6 %, selon que l'on retenait les déclarations des intéressés, les désignations par les collègues ou une combinaison des deux. Pour les auteurs présumés, la fourchette allait de 2,7 % à 19,3 % (Coyne et coll., 2003). Ces méthodes ne mesurent pas exactement la même chose. L'écart ne prouve donc pas qu'un témoin est malhonnête.
La manière dont chacun se perçoit joue aussi un rôle. Dans une autre enquête, 5,4 % des personnes reconnaissaient avoir harcelé un collègue, tandis que 8,3 % se considéraient comme victimes (Matthiesen et Einarsen, 2007). Le canal de communication complique encore les choses. Des participants à une expérience étaient sûrs à 89 % de bien comprendre le ton d'un courriel, mais leurs interprétations n'étaient correctes que dans 63 % des cas (Kruger et coll., 2005). Dans une procédure, il faut donc distinguer ce qui a été écrit, ce qui entourait l'échange et ce que chaque personne a compris. Fusionner ces trois niveaux revient à fabriquer une certitude artificielle.
Les biais des RH et les limites de la médiation
Une enquête menée par les ressources humaines n'est pas forcément impartiale. Une étude britannique a montré que certains professionnels RH accueillaient avec scepticisme les plaintes visant des managers, sous la pression implicite de protéger l'organisation (Harrington et coll., 2012). Une politique de prévention très bien rédigée peut également échouer si les responsables de proximité l'appliquent mal (Woodrow et Guest, 2014). D'où l'importance de confier l'établissement des faits à une personne sans lien hiérarchique direct avec les parties et sans intérêt personnel dans l'issue.
La médiation peut désamorcer un différend portant sur la communication ou la coopération, surtout à ses débuts. Le code irlandais insiste sur le consentement libre des deux personnes, la qualification du médiateur et la séparation entre ce qui se dit en médiation et les éléments d'une éventuelle enquête. Au Royaume-Uni, la médiation est envisageable pour certains conflits de type bullying, mais elle ne remplace généralement pas l'examen d'accusations disciplinaires graves. La recherche rappelle surtout qu'une médiation isolée ne fait pas disparaître les causes organisationnelles du harcèlement (Jenkins, 2011). Obliger quelqu'un qui craint des représailles à s'asseoir face à la personne mise en cause peut aggraver la situation. Le critère décisif est la sécurité et la liberté réelle de participer.
Enquête interne : ce qui change d'un pays à l'autre
Les obligations juridiques ne sont pas interchangeables. En Pologne, la réforme entrée en vigueur le 5 novembre 2026 laisse aux employeurs comptant au moins dix salariés jusqu'au 5 mai 2027 pour formaliser les règles et procédures requises, sauf si elles figurent déjà dans un accord collectif ou un règlement applicable. La loi n'impose pas une commission unique ou un responsable portant un titre déterminé ; le circuit de signalement et les responsabilités doivent néanmoins être identifiables (loi modificative de 2026 ; Inspection polonaise du travail). Une commission formée et indépendante peut être une solution pertinente.
Au Royaume-Uni, le code de bonnes pratiques de l'Acas encadre la communication des griefs, la possibilité de répondre, les droits à l'accompagnement selon les cas et les voies de recours internes. Lorsque ce code s'applique, son non-respect injustifié peut entraîner une majoration ou une réduction des indemnités allant jusqu'à 25 %. En Irlande, une plainte formelle décrit les faits et les dates ; dans la fonction publique, l'enquête vise en principe une durée inférieure à trois mois, hors circonstances exceptionnelles. En Allemagne, le § 13 de l'AGG prévoit l'examen des plaintes relevant du droit de la non-discrimination et la communication du résultat. Il ne couvre pas automatiquement toutes les situations communément appelées Mobbing.
En France, l'employeur doit réagir aux alertes et protéger la santé et la sécurité des salariés ; aucun texte ne fixe toutefois une procédure d'enquête interne identique pour tous les signalements de harcèlement moral. En Belgique, dans certaines procédures psychosociales formelles à caractère individuel, le conseiller en prévention remet normalement son avis sous trois mois, avec possibilité de prolongation selon les règles applicables. En Tchéquie, une réforme concernant le traitement des signalements anonymes a été évoquée en 2026, sans que l'on puisse en déduire une interdiction générale déjà en vigueur. Au Chili, la Ley Karin prévoit un délai légal court, généralement 30 jours, pour l'enquête, qui doit permettre aux deux parties de présenter leur version. Toute équipe internationale a intérêt à vérifier les règles locales avant d'annoncer un délai ou de promettre une procédure uniforme.
Conclure sans accuser, interpréter les chiffres et adapter les entretiens
Le résultat doit être communiqué par écrit, avec un niveau de détail approprié et, le cas échéant, les possibilités de contestation. Une accusation non établie n'est pas une dénonciation malveillante. Le code irlandais distingue précisément l'absence de preuve suffisante d'une plainte inventée de mauvaise foi. Une formulation possible : « Les éléments recueillis ne permettent pas d'établir que les faits signalés répondent aux critères du harcèlement moral. Cela ne signifie ni que votre récit est mensonger, ni que la situation n'a pas été éprouvante. » Après quelques semaines, l'employeur devrait vérifier si le travail a repris dans de bonnes conditions et si une personne subit des représailles.
Il serait dangereux de juger la prévention au seul nombre de dossiers ouverts. Selon certaines estimations américaines, seuls 6 à 13 % des salariés exposés à des conduites de harcèlement déposent une plainte formelle ; une enquête polonaise indique que 68 % des personnes concernées n'en ont parlé à personne. Les études sur le signalement du harcèlement sexuel soulignent le rôle néfaste des réactions de l'organisation, notamment la minimisation des faits et les représailles (Bergman et coll., 2002). Une hausse des signalements peut donc refléter un climat de confiance retrouvé. À titre de comparaison prudente, dans des hôpitaux anglais, davantage de déclarations d'incidents étaient associées à une meilleure culture de sécurité (Hutchinson et coll., 2009). Le suivi doit tenir compte du temps de traitement, des signalements de représailles et du climat social.
L'équité implique aussi des aménagements adaptés aux personnes. L'Acas recommande notamment de transmettre certaines questions à l'avance, de permettre des réponses écrites, de fournir un ordre du jour clair ou de proposer un accompagnement, sans attendre systématiquement un diagnostic médical. Un contentieux britannique impliquant un salarié autiste a montré les effets d'un dispositif mal adapté. Le plus simple est de demander à chacun ce qui lui permettrait de s'exprimer précisément. Poser une question comme « Qu'avez-vous compris de cette phrase ? » est souvent plus fiable que de prétendre deviner la pensée d'autrui (Eyal et coll., 2018).
Une méthode concrète pour traiter un signalement
Avant toute chose, vérifier si une médiation volontaire serait appropriée et sûre. Si une enquête formelle est nécessaire, préciser par écrit les faits visés, le périmètre, la méthode d'appréciation des éléments, les étapes, une échéance réaliste et les conditions d'une éventuelle prolongation. Dans la mesure du possible, confier l'enquête et la décision à deux personnes différentes, et le recours à quelqu'un qui n'a pas participé au dossier. Chaque partie doit pouvoir s'expliquer, produire des documents et relire le compte rendu de ses propres déclarations. Même une alerte rapidement traitée mérite une trace écrite.
Prévoir des canaux confidentiels, une réaction claire à toute tentative de représailles et, si des dirigeants sont concernés, la possibilité de recourir à un intervenant extérieur. Demander aux participants ce qui faciliterait leur audition, quelle que soit leur situation médicale. Enfin, expliquer la décision sans confondre « non établi » et « faux », puis vérifier ses conséquences dans le temps. La réussite d'une procédure se mesure à sa rigueur et à la confiance qu'elle inspire, pas au silence qu'elle produit.
À lire aussi : Pourquoi nous évaluons mal les relations professionnelles et Pourquoi les témoins gardent le silence au travail.
Lorsque les récits divergent, la neutralité des questions, la diversité des éléments recueillis et la clarté des conclusions sont déterminantes. Une démarche équitable permet à chacun de s'exprimer, établit ce qui peut l'être et précise la suite. Une médiation se décide selon la nature de la situation et la volonté des participants.
Empatyzer avant les entretiens avec les parties concernées
Une spécialiste RH prépare des entretiens sur une réunion dont les participants gardent des souvenirs très différents. Elle demande à Em : « Comment questionner sans suggérer la réponse ? » Em peut l'aider à préparer une progression : « Qu'avez-vous entendu exactement ? », « Qui était présent ? », « Qu'a-t-on décidé juste après ? » Il l'aide ensuite à classer ses notes en faits rapportés, points à vérifier et étapes à communiquer. Elle aborde ainsi les entretiens avec un cadre propice à l'écoute et à un traitement cohérent des deux parties. Une description anonymisée suffit pour cette préparation, et les échanges avec Em restent privés.
Sources
- Industrial Relations Act 1990 (Code of Practice for Employers and Employees on the Prevention and Resolution of Bullying at Work) Order 2020, S.I. No. 674/2020 (2020). https://www.irishstatutebook.ie/eli/2020/si/674/made/en/print Industrial Relations Act 1990 (Code of Practice for Employers and Employees on the Prevention and Resolution of Bullying at Work) Order 2020, S.I. No. 674/2020 (2020)
- Iain Coyne; Penelope Smith-Lee Chong; Elizabeth Seigne; Peter Randall (2003). Self and peer nominations of bullying: An analysis of incident rates, individual differences, and perceptions of the working environment. European Journal of Work and Organizational Psychology, 12(3), 209-228. https://doi.org/10.1080/13594320344000101 10.1080/13594320344000101
- Stig Berge Matthiesen; Ståle Einarsen (2007). Perpetrators and Targets of Bullying at Work: Role Stress and Individual Differences. Violence and Victims, 22(6), 735-753. https://doi.org/10.1891/088667007782793174 10.1891/088667007782793174
- Justin Kruger; Nicholas Epley; Jason Parker; Zhi-Wen Ng (2005). Egocentrism over e-mail: Can we communicate as well as we think?. Journal of Personality and Social Psychology, 89(6), 925-936. https://doi.org/10.1037/0022-3514.89.6.925 10.1037/0022-3514.89.6.925
- Susan Harrington; Charlotte Rayner; Samantha Warren (2012). Too hot to handle? Trust and human resource practitioners' implementation of anti-bullying policy. Human Resource Management Journal, 22(4), 392-408. https://doi.org/10.1111/1748-8583.12004 10.1111/1748-8583.12004
- Chris Woodrow; David E. Guest (2014). When good HR gets bad results: exploring the challenge of HR implementation in the case of workplace bullying. Human Resource Management Journal, 24(1), 38-56. https://doi.org/10.1111/1748-8583.12021 10.1111/1748-8583.12021
- Moira Jenkins (2011). Practice note: Is mediation suitable for complaints of workplace bullying? Conflict Resolution Quarterly, 29(1), 25-38. https://doi.org/10.1002/crq.21035 10.1002/crq.21035
- Acas (2015). Code of Practice on disciplinary and grievance procedures. https://www.acas.org.uk/acas-code-of-practice-on-disciplinary-and-grievance-procedures/html Code of Practice on disciplinary and grievance procedures
- Allgemeines Gleichbehandlungsgesetz (2006). AGG §§ 12–16. https://www.gesetze-im-internet.de/agg/BJNR189710006.html AGG §§ 12–16
- Mindy E. Bergman; Regina Day Langhout; Patrick A. Palmieri; Lilia M. Cortina; Louise F. Fitzgerald (2002). The (un)reasonableness of reporting: Antecedents and consequences of reporting sexual harassment. Journal of Applied Psychology, 87(2), 230-242. https://doi.org/10.1037/0021-9010.87.2.230 10.1037/0021-9010.87.2.230
- Andrew Hutchinson; Tracey A. Young; Katy L. Cooper; Abigail McIntosh; Jonathan D. Karnon; Sarah Scobie; Richard G. Thomson (2009). Trends in healthcare incident reporting and relationship to safety and quality data in acute hospitals: results from the National Reporting and Learning System. Quality and Safety in Health Care, 18(1), 5-10. https://doi.org/10.1136/qshc.2007.022400 10.1136/qshc.2007.022400
- Acas (2025). Neurodiversity at work – Performance, conduct and capability. https://www.acas.org.uk/neurodiversity-at-work/performance-conduct-and-capability Neurodiversity at work – Performance, conduct and capability
- Tal Eyal; Mary Steffel; Nicholas Epley (2018). Perspective mistaking: Accurately understanding the mind of another requires getting perspective, not taking perspective. Journal of Personality and Social Psychology, 114(4), 547-571. https://doi.org/10.1037/pspa0000115 10.1037/pspa0000115
- Ustawa z dnia 19 czerwca 2026 r. o zmianie ustawy – Kodeks pracy oraz ustawy – Kodeks postępowania cywilnego (2026). Dz.U. 2026 poz. 1046. https://api.sejm.gov.pl/eli/acts/DU/2026/1046/text.pdf Dz.U
- Państwowa Inspekcja Pracy (2026). Mobbing i dyskryminacja w miejscu pracy: nowe przepisy. https://www.pip.gov.pl/aktualnosci/mobbing-i-dyskryminacja-w-miejscu-pracy-nowe-przepisy Mobbing i dyskryminacja w miejscu pracy: nowe przepisy
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