Sur cette page
TL;DR : Vous vous demandez si ce que vous vivez au travail relève du harcèlement moral ? Commencez par examiner les faits. Les critiques humiliantes, les mises à l'écart ou les obstacles dans votre travail se répètent-ils ? Vous est-il difficile de vous défendre ? Les études montrent que certaines personnes subissent des agissements répétés sans pour autant les qualifier de harcèlement, même lorsqu'elles en ressentent les effets. L'appréciation juridique dépend du pays et des circonstances, mais nul besoin d'attendre une décision pour consigner les faits et chercher du soutien. Dates, propos exacts, messages et témoins vous aideront à présenter la situation clairement aux RH ou à une personne de confiance.
Comment Empatyzer vous aide-t-il à mettre de l'ordre dans une situation professionnelle inquiétante ?
Des remarques de votre responsable, des messages ambigus ou des décisions prises sans vous commencent à peser ? En parlant avec Em, vous pouvez reconstituer le fil des événements. La question « Est-ce moi qui exagère ? » laisse alors place à des faits précis et à la préparation d'un échange utile.
Une fonctionnalité pour vous accompagner :
- Parler à Em de votre situation: Reprendre les événements étape par étape, distinguer ce que vous avez observé de ce que vous supposez, puis préparer un message factuel à votre responsable, aux RH ou à une personne de confiance.
« Et si j'étais simplement trop susceptible ? »
Depuis plusieurs mois, une responsable critique la même salariée devant toute l'équipe : « Encore la même erreur » ou « Combien de fois faudra-t-il le répéter ? ». La salariée est aussi de plus en plus souvent oubliée dans les courriels contenant les décisions importantes, tandis qu'on lui confie des tâches « pour hier ». Avant même de demander des explications au bureau, elle doute d'elle-même : est-ce que je prends les choses trop à cœur ? Ce réflexe est courant. Des recherches comme « est-ce du harcèlement au travail ? » conduisent rapidement à des tests d'autoévaluation. En anglais, une question résume bien cette incertitude : « Is my boss a bully or am I sensitive? » Beaucoup cherchent d'abord à comprendre ce qu'ils vivent, avant de s'intéresser aux définitions juridiques. Sur les forums, l'accusation d'être « trop sensible » sert aussi à disqualifier le récit d'autrui. Le doute est compréhensible, mais les études ne confirment pas l'idée simple selon laquelle les salariés auraient surtout tendance à grossir les faits.
Le harcèlement est souvent minimisé par ceux qui le subissent
Les résultats changent selon la manière de poser la question. Dans une méta-analyse regroupant différentes études, 18,1 % des répondants déclaraient avoir subi du harcèlement lorsqu'aucune définition n'était fournie, contre 11,3 % lorsqu'une définition accompagnait la question (Nielsen et al., 2010). Un mot laissé sans explication recouvre donc des expériences plus diverses. Mais lorsque l'on interroge les mêmes personnes sur des comportements négatifs précis, puis séparément sur le fait de se considérer comme victime, un autre constat apparaît. Dans une étude américaine menée auprès de 403 salariés, 28 % répondaient aux critères comportementaux d'une exposition répétée, mais seul un tiers environ de ce groupe se disait victime de harcèlement (Lutgen-Sandvik et al., 2007). Des écarts similaires ont été observés au Danemark, en Norvège et en Suède (Mikkelsen et Einarsen, 2001 ; Nielsen et al., 2022 ; Rosander et al., 2020). L'écart est particulièrement frappant pour les agissements en ligne : en Suède, 9,7 % des salariés répondaient aux critères étudiés de cyberharcèlement, mais 0,7 % seulement se reconnaissaient comme victimes (Forssell, 2016). Les différences entre groupes méritent aussi attention. Dans une enquête suédoise, les femmes se déclaraient plus souvent victimes, tandis que les hommes répondaient plus souvent aux critères fondés sur les actes subis. Une enquête polonaise du CBOS, en 2024, relevait davantage de déclarations chez les plus jeunes, sans permettre de trancher entre exposition plus forte et meilleure capacité à nommer les faits.
Pourquoi tant de personnes gardent le silence
Ne rien dire peut être une façon de limiter les risques. Dans une étude portant sur 1 167 salariés, ceux qui s'opposaient à de mauvais traitements subissaient fréquemment des représailles professionnelles ou sociales. Ces représailles étaient associées à un moins bon état de santé (Cortina et Magley, 2003). Des travaux sur le harcèlement sexuel ont montré l'importance de la réaction de l'organisation : banaliser un signalement ou exercer des représailles peut aggraver ses conséquences (Bergman et al., 2002). Il y a aussi la honte, parfois persistante bien après la fin des agissements (Lewis, 2004), et l'habitude qui s'installe. Dans une étude polonaise, une exposition plus importante aux comportements associés au harcèlement allait de pair avec une plus grande acceptation de ceux-ci (Durniat, 2022). Beaucoup disent également craindre de passer pour des « salariés difficiles », même si les études citées ici ne mesurent pas précisément cette peur. Selon le CBOS, en Pologne, 68 % des personnes concernées n'avaient parlé de leur expérience à personne en 2024. Le regard des témoins peut encore différer. Dans une étude, la proportion de victimes variait de 3,9 % à 39,6 % selon que l'identification provenait des intéressés ou de leurs collègues (Coyne et al., 2003). Un désaccord entre points de vue n'implique pas nécessairement que l'un des récits soit mensonger.
Le ressenti compte, mais il ne suffit généralement pas à qualifier les faits
Les chercheurs et les juristes n'emploient pas toujours le mot « harcèlement » avec les mêmes critères. Certains questionnaires demandent si la personne se sent exposée à des comportements hostiles. Les tribunaux examinent généralement les faits au regard de critères objectifs ou raisonnables, variables selon les pays. En Pologne, la Cour suprême a retenu la perspective d'une « victime raisonnable », sans faire de la sensibilité particulièrement forte ou de la résistance inhabituelle un critère déterminant (Cour suprême polonaise, III PK 2/09). Depuis le 5 novembre 2026, le droit polonais prévoit en outre une appréciation individualisée, tenant notamment compte de l'état de santé ou de la parentalité. En Irlande, le code applicable vise des comportements inappropriés répétés pouvant raisonnablement porter atteinte à la dignité au travail ; un incident isolé ne relève pas du bullying au sens de ce texte (S.I. 674/2020). Au Royaume-Uni, les recommandations de l'Acas précisent que le bullying peut être ponctuel et involontaire (Acas). Aux États-Unis, certaines actions relatives à un environnement de travail hostile mobilisent à la fois une appréciation subjective et des critères objectifs. L'Allemagne et l'Autriche accordent généralement de l'importance au caractère systématique des agissements ; en France, l'intention de nuire n'est pas une condition nécessaire du harcèlement moral, tandis que la jurisprudence italienne accorde davantage de poids à une volonté de persécution. La Belgique traite séparément certains actes isolés comme violences au travail. La Tchéquie n'a pas de définition légale unique du mobbing, et le Chili peut prendre en compte un acte unique. Au Danemark, la manière dont la personne vit l'atteinte compte particulièrement. Ces systèmes juridiques ne sont pas interchangeables. Le ressenti justifie que l'on prête attention à une situation ; sa qualification dépend des faits et du droit applicable.
Les conséquences sur la santé existent même sans le mot « harcèlement »
Attendre de trouver le terme exact peut retarder la recherche d'aide. Dans une étude portant sur plus d'un millier de salariés, les personnes fortement exposées à des comportements hostiles présentaient des problèmes de santé, qu'elles se considèrent ou non comme victimes de harcèlement (Vie et al., 2011). Une méta-analyse d'études longitudinales a trouvé une association entre harcèlement et détérioration ultérieure de la santé mentale (r = 0,21). L'association fonctionnait aussi dans l'autre sens : une moins bonne santé mentale précédait davantage de déclarations de harcèlement (r = 0,18) (Verkuil et al., 2015). Cela ne signifie aucunement que les faits seraient imaginaires. Une analyse de données issues de plus de 13 000 personnes, tenant compte de caractéristiques individuelles stables, a relevé une augmentation de l'anxiété dès le début des agissements (Holmgren et al., 2023). Une fragilité psychologique peut rendre une situation plus difficile à affronter ; elle ne change rien à la conduite d'autrui. Pour décrire le problème, « lundi, devant l'équipe, elle m'a dit… » apporte davantage qu'une qualification générale sans exemples.
Que faire ? Cinq questions et un relevé précis
Plutôt que de vous fier à un test en ligne, posez-vous cinq questions. Premièrement : ces comportements se répètent-ils, par exemple chaque semaine depuis plusieurs mois ? Deuxièmement : vous est-il difficile de vous défendre parce que l'autre personne dispose d'un pouvoir ou d'un soutien supérieur ? Troisièmement : les remarques visent-elles votre travail ou votre personne ? Signaler une erreur dans un rapport est différent de se moquer de l'origine ou de l'apparence de quelqu'un. Quatrièmement : vos collègues, dans une situation comparable, sont-ils traités de la même manière ? Cinquièmement : quelles sont les conséquences sur votre santé et votre travail ? Des attaques personnelles répétées sont un signal d'alerte important, mais un acte isolé grave mérite lui aussi d'être consigné. Notez la date, les paroles exactes, les éventuels témoins, le moyen de communication et les conséquences. Conservez rapidement les échanges numériques pertinents, dans le respect des règles applicables. Pour demander de l'aide à une personne de confiance ou au dispositif de signalement de votre entreprise, commencez par les faits plutôt que par une conclusion juridique. Prenez soin de votre santé sans attendre l'issue d'une procédure. Changer d'emploi peut réduire l'exposition et l'anxiété, sans nécessairement faire disparaître les symptômes dépressifs : cette décision demande donc une réflexion adaptée à votre situation (Rosander et al., 2022). Même un seul incident grave peut relever d'autres protections juridiques, selon le pays.
À lire également : Comment distinguer un conflit professionnel du harcèlement; Pourquoi nous interprétons parfois mal nos relations au travail.
Des humiliations, des mises à l'écart ou des entraves répétées au travail méritent d'être décrites par des faits concrets et leurs conséquences. Une personne visée ne reconnaît pas toujours immédiatement le harcèlement. Des notes, des messages conservés et un échange préparé avec soin facilitent la suite. Prendre soin de sa santé compte dès les premiers signes.
Empatyzer pour préparer un premier échange sur des comportements inquiétants
Vous pourriez écrire à Em : « Ma responsable a critiqué mon travail devant l'équipe pour la troisième fois ce mois-ci. J'ai également été écartée d'un courriel important. Je veux en parler, mais je ne sais pas par où commencer. » Em peut vous aider à établir une chronologie, à repérer ce qu'il reste à éclaircir et à formuler une première phrase : « J'aimerais revenir sur trois situations où mon travail a été critiqué devant les collègues et convenir de la manière dont nous donnerons désormais les retours. » Au lieu de ressasser chaque mot, vous avancez vers une conversation concrète. Et vous pouvez prendre le temps de l'y préparer dans un espace privé.
Sources
- Morten Birkeland Nielsen; Stig Berge Matthiesen; Ståle Einarsen (2010). The impact of methodological moderators on prevalence rates of workplace bullying. A meta-analysis. Journal of Occupational and Organizational Psychology, 83(4), 955-979. https://doi.org/10.1348/096317909X481256 10.1348/096317909x481256
- Pamela Lutgen-Sandvik; Sarah J. Tracy; Jess K. Alberts (2007). Burned by Bullying in the American Workplace: Prevalence, Perception, Degree and Impact. Journal of Management Studies, 44(6), 837-862. https://doi.org/10.1111/j.1467-6486.2007.00715.x 10.1111/j.1467-6486.2007.00715.x
- Eva Gemzøe Mikkelsen; Ståle Einarsen (2001). Bullying in Danish work-life: Prevalence and health correlates. European Journal of Work and Organizational Psychology, 10(4), 393-413. https://doi.org/10.1080/13594320143000816 10.1080/13594320143000816
- Morten Birkeland Nielsen; Live Bakke Finne; Sana Parveen; Ståle Einarsen (2022). Assessing Workplace Bullying and Its Outcomes: The Paradoxical Role of Perceived Power Imbalance Between Target and Perpetrator. Frontiers in Psychology, 13, 907204. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2022.907204 10.3389/fpsyg.2022.907204
- Michael Rosander; Denise Salin; Lina Viita; Stefan Blomberg (2020). Gender Matters: Workplace Bullying, Gender, and Mental Health. Frontiers in Psychology, 11, 560178. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.560178 10.3389/fpsyg.2020.560178
- Rebecka Forssell (2016). Exploring cyberbullying and face-to-face bullying in working life – Prevalence, targets and expressions. Computers in Human Behavior, 58, 454-460. https://doi.org/10.1016/j.chb.2016.01.003 10.1016/j.chb.2016.01.003
- Lilia M. Cortina; Vicki J. Magley (2003). Raising voice, risking retaliation: Events following interpersonal mistreatment in the workplace. Journal of Occupational Health Psychology, 8(4), 247-265. https://doi.org/10.1037/1076-8998.8.4.247 10.1037/1076-8998.8.4.247
- Mindy E. Bergman; Regina Day Langhout; Patrick A. Palmieri; Lilia M. Cortina; Louise F. Fitzgerald (2002). The (un)reasonableness of reporting: Antecedents and consequences of reporting sexual harassment. Journal of Applied Psychology, 87(2), 230-242. https://doi.org/10.1037/0021-9010.87.2.230 10.1037/0021-9010.87.2.230
- Duncan Lewis (2004). Bullying at work: the impact of shame among university and college lecturers. British Journal of Guidance and Counselling, 32(3), 281-299. https://doi.org/10.1080/03069880410001723521 10.1080/03069880410001723521
- Katarzyna Durniat (2022). Relations between exposure to and acceptance of mobbing – an explorative study on a sample of Polish employees. Scientific Papers of Silesian University of Technology. Organization and Management Series, 164, 69-86. https://doi.org/10.29119/1641-3466.2022.164.5 10.29119/1641-3466.2022.164.5
- Iain Coyne; Penelope Smith-Lee Chong; Elizabeth Seigne; Peter Randall (2003). Self and peer nominations of bullying: An analysis of incident rates, individual differences, and perceptions of the working environment. European Journal of Work and Organizational Psychology, 12(3), 209-228. https://doi.org/10.1080/13594320344000101 10.1080/13594320344000101
- Sąd Najwyższy (2009). Wyrok z dnia 7 maja 2009 r., sygn. akt III PK 2/09. https://www.saos.org.pl/judgments/90185 Wyrok z dnia 7 maja 2009 r., sygn
- Industrial Relations Act 1990 (Code of Practice for Employers and Employees on the Prevention and Resolution of Bullying at Work) Order 2020, S.I. No. 674/2020 (2020). https://www.irishstatutebook.ie/eli/2020/si/674/made/en/print Industrial Relations Act 1990 (Code of Practice for Employers and Employees on the Prevention and Resolution of Bullying at Work) Order 2020, S.I. No. 674/2020 (2020)
- Acas (2026). Bullying at work: What bullying is. https://www.acas.org.uk/bullying-at-work Bullying at work: What bullying is
- Tina Løkke Vie; Lars Glasø; Ståle Einarsen (2011). Health outcomes and self-labeling as a victim of workplace bullying. Journal of Psychosomatic Research, 70(1), 37-43. https://doi.org/10.1016/j.jpsychores.2010.06.007 10.1016/j.jpsychores.2010.06.007
- Bart Verkuil; Serpil Atasayi; Marc L. Molendijk (2015). Workplace Bullying and Mental Health: A Meta-Analysis on Cross-Sectional and Longitudinal Data. PLoS ONE, 10(8), e0135225. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0135225 10.1371/journal.pone.0135225
- Rebecka Holmgren; Kathrine Sørensen; Louise Dalsager; Reiner Rugulies; Viveca Östberg; Linda L. Magnusson Hanson (2023). Workplace bullying, symptoms of anxiety and the interaction with leadership quality – a longitudinal study using dynamic panel models with fixed effects. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 49(1), 64-74. https://doi.org/10.5271/sjweh.4060 10.5271/sjweh.4060
- Michael Rosander; Denise Salin; Stefan Blomberg (2022). The last resort: Workplace bullying and the consequences of changing jobs. Scandinavian Journal of Psychology, 63(2), 124-135. https://doi.org/10.1111/sjop.12794 10.1111/sjop.12794
Trouvez un article
Saisissez au moins 2 caractères. Les petites fautes de frappe sont prises en compte.