Distinguer un conflit professionnel du harcèlement
TL;DR: En psychologie du travail, le harcèlement est étudié comme un schéma répétitif d’actes négatifs accompagné d’une difficulté croissante à se défendre. Un conflit peut en être le point de départ, mais n’évolue pas toujours ainsi. L’appréciation juridique est une tâche distincte. Il est utile de documenter les faits précis, de rechercher du soutien et de déclencher une réponse organisationnelle adaptée sans attendre de connaître avec certitude leur qualification.
Comment Empatyzer aide-t-il à décrire factuellement une situation de harcèlement possible ?
Empatyzer peut vous aider à structurer la description d’une situation difficile et à préparer une conversation sur le soutien nécessaire. Il ne détermine pas s’il y a eu harcèlement et ne remplace pas une enquête.
Fonctionnalité qui peut vous aider :
- Parler à Em de vous-même : Vous aide à distinguer les faits, leur interprétation et l’objectif de la démarche suivante, puis à préparer une description factuelle du problème.
Quand l’objet du désaccord cesse de compter
Au départ, le différend porte sur la manière de préparer un rapport. Peu à peu, les remarques du responsable visent chacune des prises de parole du salarié. Des commentaires publics apparaissent, des informations lui sont retirées et il reçoit des tâches assorties de délais difficiles à tenir. Toute tentative d’explication est considérée comme un nouveau problème. Cet exemple montre pourquoi une relation doit être évaluée dans son évolution. Une conversation dure et ponctuelle ne se confond pas avec un schéma répétitif de dénigrement, même si, dans les deux cas, quelqu’un affirme qu’« il ne s’agit que d’un conflit ». Un conflit désigne une incompatibilité d’intérêts, d’objectifs ou de positions. Il peut être intense tout en laissant aux deux parties la possibilité de présenter leurs arguments et d’influer sur la solution. Dans la recherche sur le workplace bullying, les actes négatifs répétés et une situation où la défense devient difficile constituent des éléments importants. L’avantage peut découler du poste, mais aussi du soutien du groupe, du contrôle de l’information ou d’une autorité informelle. Il ne faut pas le réduire au seul rapport entre supérieur et subordonné. Il convient également de vérifier si les exigences peuvent être satisfaites et sont appliquées de manière prévisible. Une évaluation sévère peut se justifier par une erreur précise, mais changer constamment les critères après l’exécution de la tâche empêche de défendre son travail. De même, l’accès à l’information compte pour la responsabilité : il est difficile d’exiger le respect d’un accord qui n’a pas été communiqué au salarié. Aucun de ces éléments ne suffit à caractériser toute la situation. Ils aident néanmoins à décrire les conditions au lieu de s’en tenir au jugement général selon lequel quelqu’un serait exigeant ou excessivement sensible. Une appréciation rigoureuse doit aussi tenir compte des explications des autres participants et des documents disponibles. La gravité d’un signalement ne dispense pas de précision, et la nécessité de vérifier les faits ne justifie pas de laisser la personne sans soutien.
L’escalade n’est pas la seule trajectoire
La synthèse de Krishna et de ses coauteurs porte sur les processus d’escalade du harcèlement au travail. Elle ne signifie pas que chaque cas commence par un différend entre parties égales qui en assumeraient une responsabilité comparable. Certaines situations comportent dès le départ un abus d’ascendant. Il faut donc établir l’historique sans présumer automatiquement que « la vérité se trouve au milieu ». Krishna et al., 2023. La synthèse des facteurs de risque de Feijó et de ses coauteurs souligne le rôle des conditions et de l’organisation du travail, parmi les autres facteurs étudiés. Dans la pratique, le problème ne doit donc pas être expliqué uniquement par la sensibilité de la personne qui subit les comportements. Des rôles flous, le mode de management et la tolérance des irrégularités peuvent créer un environnement où le schéma préjudiciable perdure. C’est une raison d’examiner le système, et non d’attribuer une faute à une personne sur la seule description d’un risque. Feijó et al., 2019.
Observer les comportements et pas seulement les intentions déclarées
Les questions utiles portent sur ce qui se répète, envers qui et avec quelles conséquences sur la possibilité de travailler. La critique renvoie-t-elle à des normes vérifiables ou à la valeur de la personne ? Le salarié dispose-t-il des informations nécessaires pour répondre aux attentes ? Peut-il contester une accusation fausse ? Le signalement du problème est-il suivi de représailles ? Aucune question isolée ne tranche toute l’affaire. Ensemble, elles aident à distinguer un management exigeant d’un schéma qui retire progressivement la possibilité d’agir et de se défendre efficacement. Il faut aussi se rappeler qu’un comportement inapproprié n’a pas à remplir toutes les conditions d’une catégorie précise pour appeler une réaction. Une humiliation ponctuelle, une menace ou une grave violation des limites ne deviennent pas acceptables au seul motif qu’elles ne forment pas encore un schéma répété. Cet article présente le point de vue de la psychologie du travail. Déterminer si une situation répond aux critères juridiques applicables au harcèlement exige une appréciation distincte des faits concrets ; une liste en ligne ou le simple nom du phénomène ne peut s’y substituer. La répartition du comportement au sein du groupe compte aussi. Les mêmes exigences s’appliquent-elles à tous ou une personne reçoit-elle régulièrement des tâches sans les ressources nécessaires ? La critique permet-elle une amélioration ou prend-elle avant tout une forme publique et personnelle ? Il est utile d’observer les changements suivant l’expression de réserves. Si le salarié perd l’accès aux réunions ou subit des difficultés supplémentaires, cette suite d’événements demande de l’attention. Il n’est pas nécessaire de supposer d’emblée une intention de représailles. Il faut noter la chronologie et demander une explication des décisions par la voie appropriée. Cette précision aide les personnes chargées d’examiner l’affaire et réduit le risque qu’un schéma important se dissolve dans des descriptions générales de l’ambiance.
Comment organiser les informations sur la situation
Il est utile de consigner les dates, le contexte, les paroles ou actes précis, les personnes présentes et les conséquences sur le travail. Il faut distinguer ses propres observations des informations reçues d’autrui. Les documents et échanges relatifs aux événements peuvent être conservés dans le respect des règles applicables. Le but est de dresser un tableau fidèle, non de construire un récit toujours plus accusateur. « Lors de trois réunions, on m’a empêché de présenter les données » est plus vérifiable que « on cherche toujours à me détruire », même si la seconde phrase peut traduire justement l’expérience vécue. Il convient également de chercher du soutien et de vérifier la voie de signalement appropriée, surtout si le problème concerne la personne qui supervise directement le travail. Selon la situation, une aide organisationnelle, professionnelle, juridique ou psychologique peut être nécessaire. Il n’est pas indispensable de résoudre d’abord seul toutes les questions de terminologie. Si le contact avec une personne précise comporte un risque réel, la conversation directe ne constitue pas forcément la première ni la meilleure étape. Le plan d’action doit tenir compte de la sécurité et de l’inégalité d’influence.
Pourquoi la médiation n’est pas toujours un bon point de départ
Une conversation entre les parties peut aider en cas de conflit lorsqu’elles peuvent participer librement et négocier une solution. Face à un ascendant établi et à la crainte de représailles, présumer leur égalité peut être erroné. L’organisation doit d’abord examiner les conditions et les besoins de protection au lieu de renvoyer le salarié à la nécessité de « s’entendre ». Il est tout aussi important d’établir les faits de façon impartiale sans conclure à la responsabilité avant de les connaître. La protection contre de nouveaux préjudices et la rigueur du processus doivent aller de pair. L’organisation doit aussi expliquer clairement ce qui suit la réception d’un signalement. La personne concernée doit savoir qui traite l’affaire, quelles informations sont requises et dans quelle mesure elle recevra des nouvelles de l’avancement. Il ne faut ni promettre un résultat avant l’établissement des faits ni présenter le simple déclenchement de la procédure comme une preuve de culpabilité. Il convient simultanément d’évaluer la nécessité de mesures provisoires protégeant contre d’autres préjudices. Leur forme dépend des circonstances et ne doit pas automatiquement pénaliser la personne qui a signalé le problème. Un processus équitable associe l’impartialité à une attention concrète aux conditions de travail. Laisser tout le monde sans information peut accroître l’incertitude et compliquer à la fois l’examen de la situation et l’exercice quotidien des fonctions par les participants.
La frontière entre conflit et harcèlement ne dépend pas de la seule intensité des émotions. Le schéma des comportements, l’ascendant et la possibilité de se défendre comptent. Le plus utile est de documenter les faits concrets, de chercher un soutien adapté et de réagir aux actes préjudiciables sans attendre une certitude immédiate sur leur qualification.
Empatyzer pour préparer la description d’une situation difficile
Empatyzer peut aider l’utilisateur à structurer son récit des événements avant une conversation sur le soutien. Dans Parler à Em de vous-même, il est utile de se concentrer sur ce qui a été observé, ses conséquences et l’objet de la demande. Le résultat peut être une présentation plus factuelle du problème qui distingue les événements de l’interprétation des intentions. La réponse d’Em ne doit toutefois pas être considérée comme une décision sur l’existence d’un harcèlement. L’outil ne conduit pas d’enquête, n’interroge pas les témoins et ne remplace ni un conseil juridique ni une aide psychologique. En cas de crainte de représailles, il ne doit pas non plus fonder automatiquement une décision de confrontation directe. Il peut aider à préparer la communication avec la personne ou l’institution compétente, mais le choix de la démarche doit tenir compte du risque réel et du soutien disponible. La sécurité, une description rigoureuse des faits et une réponse responsable de l’organisation à la difficulté signalée restent essentielles, indépendamment de la qualification juridique ultérieure des événements.
Sources et recherches
- Arathi Krishna; Devi Soumyaja; Jeayaram Subramanian; P.M. Nimmi (2023). The escalation process of workplace bullying: A scoping review. Aggression and Violent Behavior, 71, 101840. https://doi.org/10.1016/j.avb.2023.101840 DOI: 10.1016/j.avb.2023.101840
- Fernando R. Feijó; Débora D. Gräf; Neil Pearce; Anaclaudia G. Fassa (2019). Risk Factors for Workplace Bullying: A Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 16(11), 1945. https://doi.org/10.3390/ijerph16111945 DOI: 10.3390/ijerph16111945
Auteur: Empatyzer
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