« Et si on… » : quand une idée du manager est prise pour une décision

Salle de réunion. Samuel échange avec l’équipe sur le produit et lance une idée en l’air.

— Amira, Karim, et si on supprimait complètement l’écran d’accueil… ?

Deux jours plus tard, Amira lui présente la nouvelle version terminée. Samuel la regarde, stupéfait.

— Je réfléchissais juste à voix haute.
— Tu l’as dit pendant la réunion.

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Ce qui s’est vraiment passé

Samuel réfléchit à voix haute. Pour lui, « et si on… » sert à tester une piste, quitte à l’abandonner quelques secondes plus tard. Amira, elle, entend le directeur des opérations évoquer en réunion une modification précise. Elle ne peut pas savoir à quel point l’idée est provisoire dans l’esprit de Samuel. En revanche, elle voit sa position hiérarchique et sait qu’ignorer ses propos peut être risqué. La même phrase a donc, pour Samuel, le poids d’une esquisse et, pour Amira, celui d’une orientation à suivre. C’est un problème fréquent chez les personnes haut placées dans la structure : leurs paroles peuvent peser beaucoup plus lourd pour les autres qu’elles ne le pensent au moment où elles les prononcent.

Ce que dit la recherche

La hiérarchie modifie la manière dont les gens prennent la parole, évaluent ce que disent les autres et décident s’il est prudent de contredire quelqu’un. Les recherches sur la prise de parole des salariés montrent que le statut du locuteur comme celui de l’interlocuteur compte (hierarchy of voice ; Pfrombeck et al., 2022). Dans une équipe, l’écart de rang peut également créer un gradient d’autorité : même une suggestion formulée avec douceur par une personne plus haut placée peut avoir plus de force que la même phrase prononcée par un pair. Certains comportements du leader, lorsqu’ils montrent concrètement que les contributions et désaccords sont bienvenus, peuvent atténuer cet effet (inclusion du leader, leader inclusiveness ; Nembhard & Edmondson, 2006).

Comment aborder la situation

Les personnes qui disposent de davantage d’autorité formelle devraient indiquer le statut de ce qu’elles disent : « je réfléchis à voix haute », « c’est une hypothèse », « c’est une proposition » ou « c’est une décision ». Mieux encore, on peut séparer le moment où l’on génère des idées de celui où l’on valide un choix. Une personne plus bas dans la hiérarchie peut demander calmement : « Je dois le prendre comme une piste à explorer ou comme une direction à mettre en œuvre ? » Ce n’est pas de la bureaucratie. C’est un moyen simple de supprimer l’écart invisible de poids entre les mêmes mots. La règle générale : plus on monte dans la hiérarchie, moins on peut supposer qu’une réflexion lancée à voix haute sera reçue comme telle.

Comment Empatyzer et Em peuvent aider

Empatyzer est particulièrement utile dans ce type de situation, car il relie le style d’une personne à sa position dans la relation. Le diagnostic peut montrer que Samuel pense spontanément à voix haute et génère rapidement des idées. Mais c’est en croisant ce trait avec son rôle et le profil d’Amira que le vrai risque apparaît : une hypothèse provisoire peut être entendue comme une consigne à exécuter. Avant la réunion, Em peut donc suggérer à Samuel une seule phrase qui change tout le cadre : « Je réfléchis à voix haute ; rien de tout cela n’est encore une décision. » À Amira, Em peut proposer une question de clarification très courte : « C’est une idée à discuter ou on doit agir ? » Si ce mécanisme existe plus largement dans l’organisation, les données d’équipe peuvent montrer où la hiérarchie augmente involontairement le poids des paroles des dirigeants. Les microleçons renforcent alors une distinction commune entre idée → recommandation → décision, jusqu’à ce qu’elle devienne un réflexe quotidien plutôt qu’une procédure dont on se souvient après un malentendu.

Sources et recherches

  1. Julian Pfrombeck; Chloe Levin; Derek D. Rucker; Adam D. Galinsky (2022). The hierarchy of voice framework: The dynamic relationship between employee voice and social hierarchy. Research in Organizational Behavior, 42(Supplement), 100179. https://doi.org/10.1016/j.riob.2022.100179 DOI: 10.1016/j.riob.2022.100179
  2. Ingrid M. Nembhard; Amy C. Edmondson (2006). Making it safe: the effects of leader inclusiveness and professional status on psychological safety and improvement efforts in health care teams. Journal of Organizational Behavior, 27(7), 941-966. https://doi.org/10.1002/job.413 DOI: 10.1002/job.413

Auteur: Empatyzer

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