« Ce n’est que 30 secondes » — Pourquoi une courte interruption peut coûter beaucoup plus

Jonas est plongé depuis un moment dans un problème complexe lorsque Olek arrive avec une question rapide.

— Tu as trente secondes ? Il est où, le dernier modèle ?
— Dans le dossier client, sous « Final ».

Olek repart satisfait. Jonas regarde son écran et cherche l’endroit exact où son raisonnement s’est interrompu.

Pour Olek, la conversation a coûté une demi-minute. Pour Jonas, le coût vient à peine de commencer.

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Ce qui s’est vraiment passé

Olek fait un calcul simple : trente secondes du temps de Jonas lui évitent dix minutes de recherche, donc la question paraît évidemment efficace. Jonas paie un autre prix. Il travaille sur un problème complexe et maintient plusieurs dépendances en mémoire. Répondre brièvement ne le remet pas automatiquement dans l’état mental où il se trouvait avant l’interruption. Il doit reconstruire le fil. Les deux peuvent donc parler honnêtement de la « durée » de la question tout en mesurant deux choses différentes. Pour Olek, l’interruption se termine avec la réponse. Pour Jonas, elle se termine seulement lorsqu’il a retrouvé le contexte et le niveau de concentration précédent.

Ce que dit la recherche

Les recherches sur les interruptions montrent qu’après une coupure, les personnes ont besoin d’un délai pour récupérer l’objectif, le contexte et la position exacte dans la tâche — le resumption lag. Les travaux classiques de Trafton et ses collègues montrent qu’un bref moment de préparation avant l’interruption facilite la reprise, tandis qu’une revue systématique et méta-analyse de 33 expériences conclut que les interruptions dégradent la performance et que leur gestion peut réduire une partie du coût (Trafton et al., 2003 ; Chen et al., 2022). Une partie de l’attention peut aussi rester accrochée à la tâche précédente ou à l’interruption elle-même — l’attention residue (Leroy & Schmidt, 2016). La durée de l’échange ne dit donc pas tout de son coût.

Comment aborder la situation

Il n’est pas nécessaire d’interdire les questions rapides. Il faut distinguer celles qui bloquent réellement l’avancement de celles qui peuvent attendre. L’équipe peut regrouper les petites questions, protéger des plages de concentration et réserver un canal aux urgences. Si vous devez interrompre quelqu’un au milieu d’un travail exigeant, laissez-lui quelques secondes pour marquer l’endroit où il en est. Règle générale : avant d’interrompre, ne demandez pas seulement combien de temps prendra votre question ; demandez aussi combien de temps l’autre mettra à retrouver ce qu’il faisait.

Comment Empatyzer et Em peuvent aider

Empatyzer peut aider Olek et Jonas à voir que « trente secondes » ne représente pas le même coût pour eux. Olek mesure la durée de la question ; Jonas peut valoriser beaucoup plus la continuité du raisonnement et la possibilité d’aller au bout d’une séquence mentale sans changement de contexte. Em peut les aider à définir un protocole simple : ce qui est urgent, ce qui va dans un message asynchrone et ce qui peut être regroupé. Les microleçons renforcent l’habitude d’évaluer la communication non seulement par la durée de l’interruption, mais aussi par le coût du retour à la tâche. Olek peut ainsi obtenir rapidement l’aide dont il a besoin sans l’acheter au prix de la concentration de Jonas. À l’échelle de l’équipe, les mêmes règles peuvent être fixées sans étiqueter les uns comme « indisponibles » et les autres comme « chaotiques ».

Sources et recherches

  1. J. Gregory Trafton; Erik M. Altmann; Derek P. Brock; Farilee E. Mintz (2003). Preparing to resume an interrupted task: effects of prospective goal encoding and retrospective rehearsal. International Journal of Human-Computer Studies, 58(5), 583-603. https://doi.org/10.1016/S1071-5819(03)00023-5 DOI: 10.1016/S1071-5819(03)00023-5
  2. Jingya Guo; Tianrong Chen; Zhenzhen Xie; Calvin Kalun Or (2021). Effects of interventions to reduce the negative consequences of interruptions on task performance: A systematic review, meta-analysis, and narrative synthesis of laboratory studies. Applied Ergonomics, 97, 103506. https://doi.org/10.1016/j.apergo.2021.103506 DOI: 10.1016/j.apergo.2021.103506
  3. Sophie Leroy; Aaron M. Schmidt (2016). The effect of regulatory focus on attention residue and performance during interruptions. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 137, 218-235. https://doi.org/10.1016/j.obhdp.2016.07.006 DOI: 10.1016/j.obhdp.2016.07.006

Auteur: Empatyzer

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