« “Must”, ça veut bien dire “il faut”, non ? » — La fausse certitude dans une langue étrangère
Messagerie de l’entreprise. Tomasz écrit en anglais à Nia à propos d’un changement urgent.
— We must change this today.
Nia fronce les sourcils et vient le voir quelques instants plus tard.
— Tomasz, pourquoi tu me donnes un ordre ?
— Un ordre ? “Must”, ça veut juste dire qu’il faut le faire.
Tomasz a traduit le sens du dictionnaire. Nia, elle, a aussi entendu la force sociale que la phrase porte en anglais.
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Tomasz veut transmettre une idée simple : selon lui, le changement doit être fait aujourd’hui. Il choisit en anglais un mot qui correspond au sens qu’il utiliserait spontanément en polonais et suppose que l’effet relationnel sera le même. Nia entend davantage que la définition lexicale. « We must change this today » lui paraît plus directif, plus proche d’un ordre que d’un constat partagé de nécessité. Personne n’a besoin d’avoir commis une faute grammaticale pour que la communication déraille. Une langue transporte aussi de la pression, de la politesse, de la distance et des attentes sur la relation entre interlocuteurs.
Ce que dit la recherche
On peut produire une phrase grammaticalement correcte dans une langue étrangère tout en choisissant une forme dont l’effet social diffère de celui que l’on voulait produire. Cela relève de la compétence pragmatique : savoir non seulement ce que les mots signifient, mais comment ils fonctionnent entre des personnes dans une situation donnée. Les travaux sur les requêtes et directives en langue seconde montrent que les verbes modaux, le degré de directivité et les formes d’atténuation varient selon la langue, la relation et le contexte. Une très bonne maîtrise grammaticale ne garantit pas la même sensibilité à ces nuances (Economidou-Kogetsidis et al., 2020 ; Savić et al., 2021). Cela ne veut pas dire que « must » est toujours impoli. Cela signifie qu’un dictionnaire ne suffit pas pour prédire la force sociale d’une phrase.
Comment aborder la situation
Dans une langue étrangère, vérifiez deux choses : « Est-ce que cela signifie la même chose ? » et « Comment cela sonne-t-il pour quelqu’un qui utilise cette langue depuis toujours ? » Pour les messages importants, quelques formulations fiables aident : « We need to… », « Could we…? », « I think we need to… ». Les formes plus fortes peuvent être réservées aux moments où la pression est réellement voulue. Une équipe internationale peut aussi se donner une permission explicite : « Si mon anglais paraît plus directif que je ne le souhaite, dites-le-moi. » Règle générale : traduisez l’intention, pas seulement les mots ; une phrase correcte peut créer une relation différente de son équivalent dans votre langue maternelle.
Comment Empatyzer et Em peuvent aider
Empatyzer ne remplace pas un traducteur, mais peut repérer le risque relationnel derrière un choix de formulation. Culture-8 et la comparaison des profils peuvent montrer que Tomasz préfère des formulations directes et catégoriques, tandis que la personne en face risque d’entendre la même construction comme inhabituellement autoritaire. Avant un message important, Em peut aider à clarifier la fonction recherchée : « c’est nécessaire », « c’est notre recommandation » ou « je propose que… ». Les microleçons renforcent l’idée qu’en communication interculturelle, le mot correct n’a pas toujours la même force sociale. Em peut aussi proposer une formulation plus simple et moins exposée aux surinterprétations. Pour les accords importants, les microleçons encouragent en plus une vérification en reformulant avec ses propres mots.
Sources et recherches
- Eva Ogiermann; Spyridoula Bella (2020). An Interlanguage Study of Request Perspective: Evidence from German, Greek, Polish and Russian Learners of English. Contrastive Pragmatics, 1(2), 180-209. https://doi.org/10.1163/26660393-BJA10003 DOI: 10.1163/26660393-BJA10003
- Milica Savić; Maria Economidou-Kogetsidis; Anders Myrset (2021). Young Greek Cypriot and Norwegian EFL learners: Pragmalinguistic development in request production. Journal of Pragmatics, 180, 15-34. https://doi.org/10.1016/j.pragma.2021.04.006 DOI: 10.1016/j.pragma.2021.04.006
Auteur: Empatyzer
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