Communication dans l’équipe médicale

Pour le personnel hospitalier : la garde est terminée, mais la conversation continue dans la tête

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TL;DR: Pour le personnel hospitalier, les pensées après une garde peuvent relever aussi bien de la rumination émotionnelle que d’une tentative de résoudre un problème. Il est utile de distinguer ces processus, d’observer leurs effets sur le sommeil et de vérifier s’il est possible de revenir vers l’équipe avec une question. Les études décrivent différentes formes de rumination, mais ne démontrent pas l’efficacité d’une technique unique contre les pensées qui reviennent le soir.

Comment Empatyzer aide-t-il à réfléchir après une garde difficile à l’hôpital ?

« À propos de moi » aide les membres du personnel hospitalier à examiner leur réaction face aux situations restées en suspens, tandis qu’Em les aide à formuler une question à poser à l’équipe le lendemain.

Les fonctionnalités qui peuvent vous aider :

  • À propos de moi: Dans « À propos de moi », elle peut nommer ce qui l’a particulièrement touchée, puis préparer avec Em une brève demande d’explication sur la conversation à adresser lors de la prochaine prise de poste.
  • Conversation avec Em au sujet d’une personne précise: Em aide à préparer une demande d’explication sur un événement précis à formuler lors de la prochaine prise de poste.
  • Microleçons: Elles peuvent aider à mieux distinguer une tâche à accomplir de la simple répétition des inquiétudes.

Une même pensée, des processus différents

Après une garde à l’hôpital, une même conversation peut revenir à l’esprit de deux façons. Parfois, la personne formule une question qui lui permettra de clarifier une décision le lendemain ; parfois, elle repasse sans cesse les paroles échangées et se culpabilise, sans avancer vers une solution. Des études sur un questionnaire portant sur les ruminations liées au travail, menées notamment auprès d’échantillons de 2 207 et 4 002 personnes, distinguent la rumination émotionnelle, la résolution de problèmes et le détachement du travail. Cette distinction aide à se demander si la pensée suggère une action possible ou tourne simplement autour de la culpabilité. Se souvenir d’un événement n’est pas en soi un symptôme ni la preuve qu’on n’a pas réussi à se reposer. Il importe aussi de savoir si l’on pourra revenir sur la situation au travail plutôt que de tenter de la trancher seul le soir.

Le contexte des soins infirmiers

Dans les soins infirmiers, ce qui compte n’est pas seulement le nombre de fois où l’on repense à sa garde après avoir quitté l’hôpital, mais aussi le déroulement de celle-ci et la possibilité de parler des situations difficiles. Une revue exploratoire de 30 études réalisées dans 12 pays décrit divers facteurs et conséquences de ces pensées ; elle n’indique pas que tout retour mental sur le travail est nocif. Demander si la garde a été particulièrement difficile et s’il est possible d’en discuter avec quelqu’un peut donc être plus éclairant que de mesurer seulement la fréquence des pensées. Si des situations restent régulièrement en suspens, il peut aussi être nécessaire d’examiner la façon dont l’équipe transmet les informations. Il ne faut toutefois pas supposer que les schémas observés chez les infirmiers et infirmières sont identiques chez les médecins ou dans d’autres professions.

Quand une pensée concerne une situation non résolue

Si une situation non résolue revient à l’esprit après une garde, il est utile de distinguer la question qui demande une réponse de l’émotion qui l’accompagne. La personne peut noter ce qu’il faudra précisément clarifier lors de la prochaine prise de poste et à qui s’adresser, au lieu d’essayer de trancher la question pendant la nuit sur la base d’informations incomplètes. Le regret ou l’autocritique récurrents relèvent d’autre chose : on peut en parler dans un cadre où l’on se sent en sécurité, sans les transformer en nouvelles suppositions sur la décision prise. Si la situation présente un risque pour un patient, elle ne doit attendre ni une réflexion personnelle ni une rencontre fortuite. Il faut alors utiliser la procédure de signalement et de transmission en vigueur sur le lieu de travail.

À quoi sert une limite dans le temps

Se fixer une limite dans le temps ne signifie pas s’ordonner de ne plus penser au travail. Il peut s’agir de décider jusqu’à quand recueillir aujourd’hui des informations sur une situation en suspens, puis à quel moment la transmettre et prévoir un échange pendant les heures de travail. Si possible, il est utile d’indiquer avant la fin de la garde à la personne concernée ce qui manque pour clarifier la situation et quand l’équipe y reviendra. Ce plan distingue l’action professionnelle de l’analyse solitaire, le soir, de données incomplètes. Rien ne permet toutefois de promettre qu’une pause ou le fait de noter une question fera disparaître les pensées récurrentes. Il s’agit plutôt de réserver à cette situation un moment et un cadre au travail, sans faire comme si elle était déjà résolue.

Pas seulement une technique individuelle

Toutes les difficultés ressenties après une garde ne se réduisent pas à la manière de penser d’une seule personne. Il est utile de vérifier si les situations en suspens sont effectivement transmises avant le départ, si certaines décisions restent floues et si l’équipe suivante sait qui prend le relais. La revue des études en soins infirmiers décrit l’importance des conditions de travail et des ressources disponibles, ainsi que diverses conséquences des pensées qui reviennent sur la garde. Il y a donc lieu d’examiner l’organisation du travail en plus des stratégies personnelles pour faire face. Une technique individuelle ne comblera pas des sous-effectifs récurrents et ne clarifiera pas des décisions que personne n’a transmises. Réduire ces zones d’ombre relève de l’équipe et des personnes qui organisent les gardes, pas seulement de la personne qui essaie de se reposer.

Quand proposer de l’aide

Pour aborder la question du soutien, on peut commencer par demander depuis combien de temps les pensées difficiles persistent et si elles perturbent le sommeil ou la vie quotidienne. Il n’est pas nécessaire pour cela de poser un diagnostic ni de juger si la personne se repose « correctement ». Si la souffrance dure et entrave la vie hors du travail, on peut présenter les aides professionnelles disponibles et permettre d’y recourir sans obliger la personne à tout raconter à sa hiérarchie. Elle doit pouvoir décider de ce qu’elle révèle de sa vie privée dans un échange professionnel. En parallèle, on peut déterminer s’il reste dans l’équipe une situation précise à clarifier. Le besoin d’aide et le besoin de mieux organiser le travail peuvent coexister, mais ce sont deux choses distinctes.

Comment évaluer le changement

Pour évaluer le changement, mieux vaut partir des situations quotidiennes : la personne parvient-elle à laisser une question non résolue pour en parler au travail, et a-t-elle réellement quelqu’un à qui la poser ? L’équipe peut aussi vérifier si, après les gardes, moins de situations restent sans responsable désigné et si la transmission des tâches est claire pour tout le monde. Le simple fait de déclarer penser moins au travail ne montre pas si les ambiguïtés ont été levées. Les études psychométriques sur le questionnaire distinguent différentes façons de penser au travail en dehors des heures de service, mais ne démontrent pas l’efficacité d’une technique d’auto-assistance particulière. Le résultat obtenu avec un tel outil ne doit pas non plus être converti en prédiction d’une erreur clinique. L’important est de pouvoir revenir en toute sécurité sur une situation en suspens.

Les pensées qui reviennent après une garde n’ont pas toujours la même signification. Il est utile de voir si elles mènent à une question précise à poser lors de la prochaine prise de poste ou si elles empêchent de se reposer sans rapprocher d’une solution.

Empatyzer pour réfléchir après une garde difficile à l’hôpital

Après une garde à l’hôpital, une médecin repense à un échange difficile avec une collègue. Dans « À propos de moi », elle peut examiner sa réaction à cette conversation restée en suspens et nommer ce qui l’a particulièrement touchée. Puis, en parlant avec Em d’une personne précise, elle peut préparer une brève demande d’explication à adresser à sa collègue lors de la prochaine prise de poste, plutôt que de lui prêter des intentions le soir. Em peut l’aider à distinguer ce qui demande une action au travail de la question à poser à la bonne personne. Les microleçons peuvent l’aider à mieux différencier une tâche à accomplir de la répétition de ses inquiétudes. C’est une façon de préparer la conversation, pas une promesse de faire cesser les pensées ni un substitut à la transmission d’une situation urgente par la voie appropriée. Si l’événement présente un risque pour un patient, la procédure de signalement en vigueur est prioritaire. Si les pensées perturbent durablement son sommeil ou son fonctionnement quotidien, il est utile d’envisager une aide professionnelle disponible.

Sources

  1. Roman Pauli; Petra Maria Gaum; Mark Cropley; Jessica Lang (2023). Antecedents, outcomes and measurement of work related-cognition in non-work time: A multistudy report using the work-related rumination questionnaire in two languages. Frontiers in Psychology, 14, 1013744. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1013744 10.3389/fpsyg.2023.1013744
  2. Hu, W., Xie, X., Xu, X., Wei, S., Zhu, L., An, Y. (2026). Unravelling antecedents and bidirectional impacts of nurse work rumination: a scoping review to enhance nurses’ well-being and improve nursing quality. BMJ Open, 16(2), e106481. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2025-106481 10.1136/bmjopen-2025-106481