Pourquoi les salariés feignent leur adhésion aux valeurs

TL;DR: Une façade de conformité consiste à afficher des valeurs et des convictions en accord avec l’organisation malgré un désaccord intérieur. Elle se distingue du respect des normes professionnelles. Elle peut servir à protéger sa position, notamment lorsque s’opposer paraît risqué. Des attentes comportementales claires et une véritable possibilité de discuter de la mise en pratique des valeurs peuvent réduire ce phénomène.

Comment Empatyzer aide-t-il à parler des valeurs et des incompatibilités ?

Empatyzer vous aide à nommer l’écart entre vos préférences et votre environnement de travail, puis à préparer une conversation sur des pratiques concrètes.

Fonctionnalités qui peuvent vous aider :

  • Culture organisationnelle : Permet de comparer la culture souhaitée par l’utilisateur, les préférences du groupe et la culture effectivement rapportée.
  • Parler à Em de vous-même : Vous aide à clarifier votre position et à choisir la portée ainsi que l’objectif d’une conversation sur ce décalage.

Des applaudissements qui en disent peu

Une entreprise annonce que le courage est sa valeur première. Pendant la réunion, tout le monde acquiesce. Une fois celle-ci terminée, les salariés racontent que la dernière personne à avoir remis une décision en question a perdu un projet important. Lors de l’événement suivant, ils parlent eux-mêmes du courage avec le même enthousiasme. Dans ce scénario, le problème ne tient pas à une méconnaissance des valeurs, mais à l’écart entre la déclaration publique et la conviction privée. L’organisation peut percevoir une adhésion là où les salariés voient un aspect attendu de leur rôle, qu’ils doivent jouer pour ne pas mettre leur position en péril. Hewlin a donné à ce phénomène le nom de façade de conformité. Il s’agit de se présenter comme une personne qui partage les valeurs et les convictions de l’organisation alors que sa position réelle est différente. Toute forme d’adaptation ne relève pas de ce phénomène. On peut respecter les règles d’une conversation professionnelle sans approuver toutes les décisions de l’entreprise. La façade apparaît lorsque la personne estime devoir également afficher une conformité dans ce qu’elle pense et juge important. Hewlin, 2003. La différence entre un comportement professionnel et une façade de conformité est parfois subtile. Un salarié n’a pas à partager toutes les convictions de ses collègues pour accomplir consciencieusement son travail et leur témoigner du respect. Il peut aussi choisir de garder certaines opinions pour lui. Le problème survient lorsqu’il estime devoir activement présenter les valeurs des autres comme les siennes afin de préserver sa position. Il peut, par exemple, faire publiquement l’éloge d’un mode de management qu’il juge préjudiciable en privé, parce qu’il associe toute opposition à une perte d’opportunités. Il faut donc s’interroger non seulement sur la divergence de vues, mais aussi sur son coût et sur la liberté de l’exprimer. Un désaccord avec l’organisation n’est pas à lui seul une marque de duplicité ; ce qui compte, c’est la pression qui pousse à jouer une identification totale.

Pourquoi les gens choisissent une adhésion de façade

Le travail procure un revenu, des relations et des possibilités d’évolution. Si révéler une divergence risque de menacer ces ressources, faire semblant peut apparaître comme une stratégie de protection raisonnable. Une personne qui vient d’intégrer l’équipe peut commencer par observer ce qu’il est permis de dire. Un salarié dont la situation professionnelle est précaire peut penser qu’il ne peut pas se permettre une controverse publique. Ce contexte mérite d’être pris en compte avant de réduire la façade à un simple manque de sincérité. Le comportement peut découler d’un rapport de force inégal et non d’une volonté de manipuler l’entourage. Les travaux de Hewlin, ainsi que ceux de Hewlin, Kim et Song, examinent notamment les conditions dans lesquelles ces façades se forment et le rôle de l’insécurité de l’emploi. Ils ne démontrent pas que tout salarié qui craint de perdre son emploi dissimule ses valeurs. Ils montrent en revanche que l’authenticité n’est pas uniquement une décision individuelle prise hors de tout contexte. L’organisation contribue à déterminer le prix à payer pour révéler une divergence. Hewlin, 2009 ; Hewlin et al., 2016.

Une adhésion de façade empêche l’entreprise d’apprendre

Si chacun dit ce qu’il pense que l’on attend de lui, la direction reçoit une image plus homogène que la réalité. Elle peut conclure que les méthodes de travail conviennent à tous, puisqu’elle n’entend aucune réserve. Dans notre exemple, les déclarations successives sur le courage renforcent l’impression que cette valeur a été adoptée. Dans le même temps, les salariés apprennent qu’il leur faut protéger le récit public des exemples qui le dérangent. Ce mécanisme peut priver l’organisation des informations nécessaires pour corriger ses pratiques. Il importe de distinguer la façade de conformité du silence fondé sur la croyance erronée que tous les autres approuvent la norme. Dans le premier cas, une personne peut parfaitement savoir que ses collègues jouent eux aussi un rôle. Tous continuent néanmoins à entretenir cette mise en scène, car ils l’associent à leur sécurité ou à une récompense. Cette distinction a des conséquences pratiques. Révéler simplement que d’autres partagent les mêmes réserves peut ne pas suffire si l’organisation continue de sanctionner leur expression publique. Un dirigeant peut ne pas voir la façade, car il reçoit surtout des confirmations de sa propre vision de l’entreprise. Plus la loyauté visible est valorisée, plus il devient difficile d’entendre parler du coût des pratiques en vigueur. Les salariés peuvent apprendre à employer les mots attendus alors que leur expérience quotidienne reste différente. Dans ce cas, une enquête portant uniquement sur la connaissance des valeurs de l’organisation donne une image peu utile. Il est plus pertinent d’interroger les situations dans lesquelles il a été possible de signaler un doute, un désaccord ou une limite. La réaction du manager encourageait-elle à poursuivre la discussion ? Critiquer une solution a-t-il été interprété comme un manque d’engagement envers l’entreprise ? Les réponses permettent d’évaluer les conditions d’une participation authentique au lieu de mesurer seulement l’aisance avec laquelle chacun manie le langage officiel de l’organisation.

Ce qui relève de l’obligation et ce qui demeure une conviction

Une entreprise est en droit de définir des normes de comportement liées au travail : rigueur, respect des personnes, qualité du service client ou sécurité. Elle n’a toutefois pas à exiger un enthousiasme personnel pour chaque mot d’ordre. Il est utile de traduire les valeurs en actes. La « coopération » peut signifier transmettre les informations à temps, et non être obligé de passer ses soirées libres avec l’équipe. Le « courage » peut signifier signaler un risque en l’argumentant, et non afficher ostensiblement une confiance en soi. Une formulation concrète facilite un accord honnête sur les attentes sans porter de jugement sur l’identité profonde du salarié. Une personne qui ressent un décalage peut commencer par parler d’une pratique : « Nous mettons en avant l’ouverture, mais je ne sais pas à quel moment je peux remettre une décision en question avant son application. » Cette approche est moins abstraite qu’un débat visant à savoir si l’entreprise croit réellement à ses valeurs. Elle permet de vérifier s’il existe une marge de changement. Il ne faut cependant pas imposer au salarié une franchise totale sans tenir compte des risques. C’est à lui de décider jusqu’où il souhaite se dévoiler, et l’organisation doit d’abord créer des conditions de dialogue crédibles.

Comment un manager peut reconnaître sa propre responsabilité

Il est utile d’observer sa réaction à la première opinion divergente. Le manager cherche-t-il à en savoir plus ou explique-t-il aussitôt au salarié qu’il a mal compris les valeurs ? Les personnes qui remettent une solution en cause continuent-elles à recevoir des missions à responsabilité ? Peut-on dire « je ne partage pas cette interprétation » tout en restant membre à part entière du groupe ? Les réponses se lisent dans les décisions prises après la réunion, et pas seulement dans une déclaration d’ouverture. Si la contestation a un coût, les salariés peuvent produire des discours de plus en plus conformes, mais fournir des informations de moins en moins utiles. Le changement suppose également de clarifier les limites de la discussion. Une équipe peut appliquer des règles de conduite dont le respect conditionne la coopération tout en admettant des opinions différentes sur la manière d’atteindre les objectifs. Toutes les décisions ne doivent pas nécessairement être négociées collectivement, mais leur motif doit pouvoir être expliqué. Un salarié peut entendre que sa proposition ne sera pas retenue sans recevoir en même temps le message qu’il n’aurait pas dû la formuler. Cette distinction contribue à réduire le besoin de feindre l’adhésion. Si la divergence porte en revanche sur des valeurs fondamentales, une conversation honnête peut conduire à reconnaître une incompatibilité durable. Il n’est pas nécessaire de traiter toute différence en invoquant la flexibilité ou en demandant une fois encore d’adopter une attitude positive.

Une façade de conformité donne à l’organisation une apparence plus unanime qu’elle ne l’est en réalité. Pour la réduire, il faut définir des normes de comportement claires et laisser une place aux différentes convictions et interprétations. L’authenticité devient possible lorsque son prix n’est pas la perte de sécurité professionnelle.

Empatyzer pour parler des valeurs et des incompatibilités

Empatyzer peut vous aider à clarifier l’écart entre vos propres préférences et le fonctionnement de l’organisation. La vue Culture organisationnelle permet d’examiner les informations disponibles sur la culture souhaitée et la culture rapportée, et constitue un point de départ pour poser des questions précises. Elle n’établit toutefois ni qui est sincère ni si un salarié construit une façade de conformité. Dans Parler à Em de vous-même, l’utilisateur peut préparer la description d’une pratique avec laquelle il est en désaccord et définir l’objectif de la conversation à venir. Il peut s’agir de comprendre une décision, de poser une limite ou de proposer de modifier une manière de procéder. Mieux vaut s’appuyer sur des exemples que qualifier toute l’entreprise d’un seul mot. Em aide à choisir le langage et la portée du message, mais ne supprime pas les risques liés à un véritable rapport de pouvoir. La décision de révéler sa position doit tenir compte des conditions de travail, des soutiens disponibles et de l’importance de la question pour l’utilisateur lui-même.

Sources et recherches

  1. Patricia Faison Hewlin (2003). And the Award for Best Actor Goes to…: Facades of Conformity in Organizational Settings. Academy of Management Review, 28(4), 633-642. https://doi.org/10.5465/amr.2003.10899442 DOI: 10.5465/amr.2003.10899442
  2. Patricia Faison Hewlin (2009). Wearing the cloak: Antecedents and consequences of creating facades of conformity.. Journal of Applied Psychology, 94(3), 727-741. https://doi.org/10.1037/a0015228 DOI: 10.1037/a0015228
  3. Patricia Faison Hewlin; Sung Soo Kim; Young Ho Song (2016). Creating facades of conformity in the face of job insecurity: A study of consequences and conditions. Journal of Occupational and Organizational Psychology, 89(3), 539-567. https://doi.org/10.1111/joop.12140 DOI: 10.1111/joop.12140

Auteur: Empatyzer

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