Ostracisme au travail et réactions face à l’exclusion
TL;DR: L’ostracisme peut se manifester par ce que les autres ne font pas : ils ne répondent pas, ne vous invitent pas ou ne transmettent pas les informations. Ce sont la répétition du schéma et ses conséquences qui comptent. Il est utile de distinguer les observations des interprétations et de garantir l’accès à la coopération, plutôt que d’exiger de la personne mise à l’écart qu’elle soit plus sociable.
Comment Empatyzer aide-t-il à parler de la mise à l’écart ?
Empatyzer vous aide à préparer une discussion sur la mise à l’écart et à clarifier votre propre réaction, avant qu’une situation ambiguë ne dégénère en nouvelles accusations réciproques.
Fonctionnalités qui peuvent vous aider :
- Parler à Em de vous-même : Vous aide à distinguer les faits de votre interprétation et à formuler une demande précise concernant la coopération.
- Parler à Em de votre équipe : Vous aide à préparer une discussion sur la circulation de l’information et les règles de participation au travail collectif.
Une réunion dont vous apprenez l’existence après coup
Imaginez que, pour la troisième fois, vous appreniez les décisions prises sur un projet au détour d’une autre conversation. Votre nom figure bien dans l’équipe, mais l’invitation ne vous est de nouveau jamais parvenue. Lorsque vous posez la question, quelqu’un répond : « Nous pensions que tu étais déjà au courant. » Pris isolément, chaque incident pourrait s’expliquer par la précipitation. Ensemble, ils finissent par créer le sentiment d’être relégué à la marge. La situation est difficile à nommer, car personne n’a prononcé de parole insultante. C’est précisément cette ambiguïté qui permet à la mise à l’écart d’échapper longtemps à l’attention du manager, alors qu’elle devient, pour la personne concernée, le problème central de sa journée de travail. Dans la recherche, l’ostracisme désigne l’expérience d’être ignoré ou exclu par les autres. Il peut prendre la forme d’un silence après une question, d’une absence de réaction à une idée ou du contournement systématique d’une personne dans la circulation quotidienne de l’information. Toute omission ne prouve pas une intention délibérée. Il faut néanmoins prendre au sérieux un schéma récurrent, surtout lorsqu’il empêche d’accomplir son travail. La distinction entre les conséquences et l’intention est ici essentielle : on peut faire l’expérience de l’exclusion sans encore savoir pourquoi les autres agissent ainsi. Il convient aussi de distinguer l’absence d’invitation à une rencontre facultative après le travail de l’exclusion d’un échange nécessaire à l’exécution d’une tâche. Les deux situations peuvent être douloureuses, mais elles appellent des réponses différentes. L’employeur ne peut garantir à chacun des relations amicales ; il peut en revanche instaurer des règles de coopération transparentes. Dans notre exemple, la question n’est pas de savoir si les collègues aiment passer du temps avec la personne mise à l’écart, mais si les décisions qui touchent à ses responsabilités sont prises avec elle. Cette distinction permet de formuler une attente sans confondre vie sociale et obligations professionnelles. Elle facilite aussi la réaction du manager : au lieu de juger les affinités, il peut vérifier les invitations, la circulation des décisions et l’accès aux informations nécessaires. Ce sont des éléments concrets du travail qu’il est possible d’organiser.
Pourquoi l’absence de réaction a autant d’impact
Un conflit ouvert montre au moins que l’autre partie reconnaît notre présence. Être ignoré laisse au contraire sans réponse claire sur ce qui se passe et sur la manière de faire évoluer la situation. Le modèle de Robinson, O’Reilly et Wang décrit l’ostracisme comme un phénomène ancré dans les relations et les conditions organisationnelles, et non uniquement dans les caractéristiques de la personne exclue. Le sentiment d’appartenance, la capacité d’agir et le sentiment d’avoir de la valeur peuvent être menacés. Cela explique pourquoi des incidents apparemment mineurs ne sont pas toujours vécus comme tels. Robinson et al., 2013. La personne concernée se met alors à vérifier chaque invitation, à analyser le ton des messages et à se demander si relancer une question ne risque pas d’aggraver la situation. Dans notre exemple, une partie de l’énergie nécessaire à la conduite du projet est détournée vers la défense de sa place dans le groupe. Cela ne signifie pas que tout le monde réagira de la même façon. Certains chercheront plus souvent le contact ; d’autres réduiront leurs initiatives pour éviter une nouvelle déception. Lorsqu’on évalue ensuite ce retrait, il est facile de prendre une réaction aux conditions de travail pour la cause initiale du problème.
Le coût pèse aussi sur l’équipe
La méta-analyse de Li, Xu et Kwan associe l’ostracisme à des attitudes moins favorables envers le travail, à une dégradation du bien-être et à des difficultés dans les comportements organisationnels. Il s’agit de relations statistiques globales, et non d’un mode d’emploi permettant de prédire le parcours d’une personne donnée. Une grande partie des études repose sur les déclarations des salariés ; il faut donc rester prudent quant au sens de la causalité. Les résultats suffisent néanmoins à considérer la mise à l’écart comme un problème organisationnel digne d’attention, et non comme un désagrément mineur que chacun devrait gérer seul. Li et al., 2021. Dans la pratique, elle entraîne également un coût informationnel. Une personne exclue des échanges ne peut apporter ses connaissances là où les décisions sont prises. Elle risque ensuite d’être jugée moins utile parce qu’elle ne s’est pas exprimée ou n’a pas eu connaissance des décisions modifiées. Un cercle vicieux se met alors en place : on l’écarte parce qu’elle ne participe pas, et elle ne participe pas parce qu’on l’écarte. Pour rompre ce cercle, il faut examiner l’organisation de la coopération. La simple injonction « sois plus actif » ne corrigera ni une liste de diffusion incomplète, ni des réunions organisées en dehors du canal convenu, ni des demandes d’accès ignorées. L’équipe peut ne pas percevoir ce mécanisme, car chacun ne voit que sa propre part des événements. L’un n’a pas répondu à un message, l’autre a oublié une invitation, un troisième a supposé que son collègue n’était pas intéressé. Pour la personne écartée, ces épisodes composent pourtant une expérience quotidienne cohérente. La discussion doit donc porter sur le déroulement de la coopération dans le temps, pas seulement sur le dernier incident. Il est également utile de rechercher les exceptions : à quels moments la participation a-t-elle été pleine, et qu’est-ce qui fonctionnait alors différemment ? Peut-être qu’un autre animateur vérifiait la liste des participants, ou que toutes les décisions étaient consignées au même endroit. Cette comparaison peut révéler une solution plus simple et plus vérifiable qu’une consigne générale visant à améliorer l’ambiance ou à multiplier les activités d’intégration de tout le service.
Parler de la mise à l’écart sans prêter d’intentions
Une première étape consiste à rassembler quelques faits précis : à quel moment l’invitation a-t-elle manqué, quelle information n’a pas été transmise, et avec quelles conséquences ? Plutôt que de dire « tout le monde me rejette », il est plus facile de discuter d’un constat comme celui-ci : « Je n’ai pas participé aux deux réunions où le périmètre de ma mission a été modifié. J’ai besoin d’être associée à ce type de décision. » Cette formulation ne nie pas les émotions ; elle permet à l’interlocuteur de répondre à un problème vérifiable. Sa réaction apporte elle aussi des informations : propose-t-il une explication, une correction et un changement de comportement, ou se contente-t-il de minimiser une nouvelle fois la situation ? Le manager doit examiner à la fois les relations et les processus. Les règles d’invitation sont-elles claires ? Les personnes en télétravail reçoivent-elles les mêmes informations ? Chacun peut-il terminer son propos ? Il faut convenir d’un changement concret et en réévaluer les effets quelques semaines plus tard. Si la mise à l’écart persiste, s’accompagne de représailles ou va de pair avec des humiliations, une procédure formelle de signalement peut s’imposer. La responsabilité ne doit pas être rejetée sur la personne concernée en exigeant qu’elle gagne seule la sympathie du groupe.
L’appartenance n’impose pas la proximité
Tout le monde ne souhaite pas partager les déjeuners, parler de sa vie privée ou participer aux activités après les heures de travail. Une équipe peut respecter cette distance tout en garantissant une pleine participation professionnelle. Il est utile de distinguer la proximité volontaire d’un socle professionnel minimal : obtenir une réponse à ses questions, accéder à l’information, voir sa contribution reconnue et pouvoir prendre la parole. Une personne réservée y a autant droit que le membre le plus sociable de l’équipe. L’inclusion dans la coopération peut être organisée sans juger la personnalité ni obliger chacun à se lier d’amitié avec tout le monde. Après avoir modifié les règles, il faut vérifier l’expérience réelle de la personne concernée. L’ajouter à la liste des réunions ne suffit pas si ses questions continuent d’être ignorées pendant les échanges. On peut revenir sur les décisions prises et demander si les informations arrivent à temps, si le canal permettant de signaler un doute est clair et si sa contribution est effectivement prise en compte. Il faut éviter de présenter cette personne comme quelqu’un qui exigerait un traitement particulier. L’objectif est de rétablir les conditions ordinaires de coopération dont les autres bénéficient déjà. Si la situation ne s’améliore pas, la cause doit être réexaminée. Rappeler à la personne écartée qu’une discussion a déjà eu lieu transforme l’action corrective en une nouvelle minimisation de son expérience. Ce qui compte, c’est l’évolution des pratiques quotidiennes, pas le simple fait d’avoir consigné une intervention.
L’ostracisme silencieux passe facilement inaperçu lorsque chaque incident est considéré séparément. Il faut repérer le schéma, en mesurer les effets sur le travail et répondre à des comportements précis. De bonnes conditions de coopération n’exigent pas une sympathie universelle, mais elles supposent que personne ne doive se battre sans cesse pour bénéficier d’un accès élémentaire à l’équipe.
Empatyzer pour parler de la mise à l’écart
Empatyzer peut vous aider à préparer la discussion avant que la frustration ne rende difficile une description précise du problème. Dans Parler à Em de vous-même, vous pouvez organiser votre récit de la situation et distinguer les faits de vos suppositions sur les intentions des autres. L’objectif peut être de formuler un message bref comprenant un exemple, ses conséquences sur la tâche et une demande concrète. Le manager peut, de son côté, utiliser Parler à Em de votre équipe pour préparer une explication des règles d’invitation, de transmission de l’information et de réponse aux questions. Le profil de groupe disponible et le contexte fourni par l’utilisateur restent les seuls points de référence. Em n’observe pas les réunions et ne détermine pas qui exclut qui. L’outil peut aider à préparer les mots et les questions ; la vérification des faits, l’accord sur les changements et le suivi de leurs effets appartiennent aux personnes impliquées. Empatyzer soutient ainsi la discussion sur la coopération sans la remplacer par une évaluation automatique de la relation.
Sources et recherches
- Sandra L. Robinson; Jane O’Reilly; Wei Wang (2013). Invisible at Work: An Integrated Model of Workplace Ostracism. Journal of Management, 39(1), 203-231. https://doi.org/10.1177/0149206312466141 DOI: 10.1177/0149206312466141
- Miaomiao Li; Xiaofeng Xu; Ho Kwong Kwan (2021). Consequences of Workplace Ostracism: A Meta-Analytic Review. Frontiers in Psychology, 12, 641302. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.641302 DOI: 10.3389/fpsyg.2021.641302
Auteur: Empatyzer
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