Quand un collègue aide tout en vous déstabilisant

TL;DR: Une relation ambivalente associe des expériences positives et négatives importantes avec la même personne. Elle va au-delà d’un désaccord occasionnel. L’incertitude peut accaparer l’attention et compliquer le choix d’une réaction. Des limites concrètes, des accords sur la coopération et l’observation des comportements récurrents sont plus utiles que de chercher à déterminer si quelqu’un est un ami ou un ennemi.

Comment Empatyzer aide-t-il à préparer une discussion sur des expériences contradictoires ?

Empatyzer vous aide à préparer une discussion qui reconnaît le soutien reçu tout en nommant clairement le comportement qui doit changer.

Fonctionnalités qui peuvent vous aider :

  • Parler à Em d’une personne précise : Vous aide à choisir les mots pour parler des limites et des règles de coopération dans cette relation.
  • Parler à Em de vous-même : Vous aide à clarifier des réactions contradictoires et à choisir un objectif précis pour la discussion.

Un soutien qui empêche de souffler

Un collègue reste après les heures de travail pour vous aider à terminer une présentation. Le lendemain, pendant la réunion, il plaisante en disant que sans lui le projet se serait encore effondré. Lorsque vous le lui faites remarquer, il vous rappelle tout ce qu’il a fait pour vous. Vous éprouvez à la fois de la gratitude et de la colère. Il est difficile de faire entrer une telle relation dans une description simple comme « nous nous entendons bien » ou « nous sommes en conflit ». Les deux expériences sont réelles. Le problème commence lorsque l’aide reçue empêche constamment de nommer le tort subi, tandis que ce tort rend impossible d’accepter sereinement l’aide. L’ambivalence relationnelle désigne la coexistence d’évaluations positives et négatives importantes d’une même relation. Elle ne se confond ni avec l’indifférence ni avec les imperfections ordinaires de la coopération. On peut apprécier un collègue et parfois être en désaccord avec lui sans vivre dans une incertitude permanente. Dans une relation fortement ambivalente, les deux dimensions de l’expérience restent importantes : la personne est un allié nécessaire tout en constituant une source de menace ou de coût. Ni la proximité ni la distance ne semblent alors offrir une solution sans conséquences. La difficulté ne réside pas uniquement dans la présence de comportements désagréables, mais dans leur coexistence avec une aide sur laquelle on compte réellement. Un salarié peut avoir de bonnes raisons de maintenir le contact sans savoir à quoi s’attendre lors du prochain échange. Le conseil consistant à simplement éviter cette personne néglige donc souvent les interdépendances professionnelles. Il peut s’agir du seul expert dans un domaine, d’un partenaire de projet ou du manager. Il faut d’abord déterminer quels éléments de la coopération sont nécessaires et quels comportements doivent changer. Cela permet de parler de faits précis sans devoir décider si l’autre est, dans l’absolu, bon ou mauvais, bienveillant ou hostile. Une relation peut contenir simultanément des expériences contradictoires.

Pourquoi cette relation occupe autant l’esprit

La synthèse de Methot, Melwani et Rothman souligne que la recherche en sciences des organisations oppose trop facilement les relations positives aux relations négatives, en négligeant leurs formes mixtes. Les auteurs analysent les sources, la dynamique et les conséquences de l’ambivalence ainsi que le rôle des émotions. Ce cadre explique la complexité des relations ; il n’affirme pas que toute relation mixte serait la plus dommageable. L’intensité, la dépendance entre les personnes et les comportements concrets sont déterminants. Methot et al., 2017. Dans la pratique, l’incertitude peut entraîner une surveillance accrue. Avant de demander de l’aide, vous vous demandez si elle servira plus tard d’argument contre vous. Après un compliment, vous attendez la réserve qui va suivre. Il n’est pas nécessaire que chaque interprétation soit juste pour que l’effort d’anticipation soit bien réel. Dans notre exemple, préparer la prochaine présentation ne consiste plus seulement à travailler sur le contenu ; il faut aussi prévoir comment accepter un soutien sans s’exposer à une dévalorisation publique. Cet effort supplémentaire mérite d’être remarqué et nommé.

La gratitude n’annule pas les limites

L’aide peut être réelle et le comportement ultérieur rester inapproprié. La discussion n’a donc pas à démontrer que le collègue « n’aide jamais vraiment ». On peut dire : « J’apprécie ton travail sur la présentation. En même temps, ton commentaire pendant la réunion a minimisé ma contribution. Je souhaite que nous parlions de mon travail sans ce genre de plaisanteries. » Cette formulation pose une limite concernant un comportement précis. Elle permet de reconnaître ce qui a été positif sans subordonner le droit de s’opposer à une évaluation entièrement négative de la relation. Il n’est pas non plus nécessaire d’adopter une seule explication définitive des intentions de l’autre. Quelqu’un peut aider sincèrement tout en cherchant à obtenir de la reconnaissance. Il peut ne pas percevoir l’effet de son humour ou exploiter une dépendance. Sans information supplémentaire, il est impossible de trancher. En revanche, on peut observer sa réaction à une limite clairement formulée. La personne cherche-t-elle à comprendre l’effet produit et modifie-t-elle son comportement, ou minimise-t-elle la réserve en rappelant les services rendus ? Cette observation est plus utile que de s’interroger indéfiniment sur son « vrai caractère ». Le coût de l’imprévisibilité peut apparaître avant même le contact. On prépare plusieurs versions de ce que l’on veut dire, on cherche le bon moment et on se demande si la demande sera accueillie sereinement. C’est un déroulement possible, non une réaction automatique de chacun. Il faut néanmoins remarquer les efforts que demande la gestion du contact par rapport à la tâche elle-même. Si une simple consultation exige une longue préparation par crainte d’être publiquement dénigré, le problème revêt une dimension organisationnelle. Inutile d’attendre un conflit ouvert pour en parler. Dans le même temps, il faut examiner les comportements concrets plutôt que de considérer sa propre tension comme une preuve des intentions de l’interlocuteur. L’émotion fournit une information importante sur l’expérience vécue, mais elle ne remplace pas la description de ce qui se passe réellement entre les personnes.

Réduire l’imprévisibilité

Des règles de coopération plus simples peuvent aider : quelle est la portée de l’aide, qui répond du résultat, comment présente-t-on les contributions et où discute-t-on des réserves ? Avant une présentation commune, les participants peuvent convenir de la répartition des parties et de la manière de répondre aux questions sur la paternité du travail. Après la réunion, il est utile de résumer brièvement les accords. Il ne s’agit pas de constituer un dossier contre chaque collègue, mais de réduire l’espace dans lequel un accord interpersonnel flou remplace des rôles définis et permet à chaque partie d’attendre autre chose. Les travaux de Melwani et Rothman montrent que les relations ambivalentes peuvent être associées aussi bien à l’aide qu’aux comportements nuisibles. C’est une mise en garde importante contre l’évaluation de l’ensemble à partir d’un seul geste. Un service rendu ne suffit pas à établir qu’une relation est sûre, et un conflit n’annule pas tout le soutien reçu. En pratique, il convient d’examiner le schéma récurrent et la possibilité de réparation. Melwani et Rothman, 2022.

Quand il est impossible de quitter simplement la relation

Au travail, les contacts découlent des missions ; le conseil « entoure-toi uniquement de personnes bienveillantes » est donc souvent inapplicable. Il est toutefois possible de réduire le champ de la dépendance, de définir les canaux de communication et d’associer le manager à une discussion sur les rôles si les tentatives individuelles échouent. Il n’est pas nécessaire d’imposer une proximité privée. L’objectif peut être une coopération correcte et prévisible dans un périmètre défini. Face à des humiliations persistantes, à des représailles ou à un abus de pouvoir, le problème exige une réponse organisationnelle appropriée, et non une simple amélioration de son propre style de communication. Après la discussion, il faut observer si la limite convenue tient également dans les moments difficiles. Une personne peut accepter calmement qu’on lui demande de ne pas interrompre les autres, puis reprendre son ancien comportement au conflit suivant. Il est alors utile de rappeler l’accord précis, plutôt que d’expliquer de nouveau que la relation peut être douloureuse. Si rien ne change, on peut réduire le périmètre de la dépendance, associer une personne supplémentaire aux décisions ou solliciter le soutien organisationnel approprié. Le choix de l’action doit tenir compte de la position réelle des deux parties. Une meilleure formulation de la demande ne suffit pas toujours à améliorer le contact. La responsabilité de respecter les limites incombe également à la personne dont le comportement a été discuté, et non seulement à celle qui a signalé la difficulté.

Une relation ambivalente doit être évaluée à partir de comportements concrets et de leur répétition. Reconnaître l’aide reçue n’oblige pas à accepter un préjudice. Des limites claires et des accords transparents permettent de vérifier si la coopération peut devenir plus prévisible, même si elle ne se transforme jamais en une relation simple et proche.

Empatyzer pour préparer une discussion sur des expériences contradictoires

Empatyzer peut vous aider à construire une discussion dans laquelle il faut à la fois reconnaître l’aide reçue et nommer le comportement qui doit changer. Dans Parler à Em de vous-même, l’utilisateur peut organiser ces deux dimensions au lieu de réduire toute la relation à un seul jugement. Parler à Em d’une personne précise peut ensuite l’aider à préparer un message qui décrit l’événement, ses conséquences et le changement attendu. L’objectif peut être de discuter de la manière d’exprimer les réserves pendant une réunion, plutôt que de convaincre l’interlocuteur qu’il possède un caractère particulier. Le profil et le contexte disponibles peuvent aider à adapter le langage, mais ils ne permettent pas d’établir des motivations cachées. Em n’évalue pas la sécurité de toute la relation et ne remplace pas une intervention de l’organisation. Il aide à préparer le contact et à formuler clairement les limites. Leur respect doit être évalué à partir des comportements ultérieurs et des conditions réelles de coopération.

Sources et recherches

  1. Jessica R. Methot; Shimul Melwani; Naomi B. Rothman (2017). The Space Between Us: A Social-Functional Emotions View of Ambivalent and Indifferent Workplace Relationships. Journal of Management, 43(6), 1789-1819. https://doi.org/10.1177/0149206316685853 DOI: 10.1177/0149206316685853
  2. Shimul Melwani; Naomi B. Rothman (2022). The push-and-pull of frenemies: When and why ambivalent relationships lead to helping and harming.. Journal of Applied Psychology, 107(5), 707-723. https://doi.org/10.1037/apl0000811 DOI: 10.1037/apl0000811

Auteur: Empatyzer

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