Comment l’origine sociale influence les chances au travail

TL;DR: L’origine sociale peut influer sur les ressources, les réseaux et la connaissance des règles tacites d’une organisation. Elle ne détermine ni les compétences ni le caractère d’une personne. Des obstacles apparaissent lorsque le style du groupe dominant est traité comme une mesure neutre du potentiel. Des critères explicites, une information accessible et l’évaluation de comportements liés au travail peuvent les réduire.

Comment Empatyzer aide-t-il à parler des attentes tacites ?

Empatyzer vous aide à préparer des questions sur les attentes tacites et à parler des différences de style sans juger la valeur d’une personne à partir de son origine.

Fonctionnalités qui peuvent vous aider :

  • Parler à Em de vous-même : Vous aide à nommer les domaines d’incertitude et à préparer une conversation sur l’accès au développement.
  • Parler à Em d’une personne précise : Vous aide à adapter votre manière d’interroger les critères et les attentes dans une relation professionnelle précise.

Savoir ce que l’on peut demander

Deux nouvelles recrues occupent des postes similaires. La première demande d’emblée un mentor, un budget de formation et une participation à un projet de la direction. La seconde attend que quelqu’un lui propose ces possibilités, car elle pense devoir d’abord prouver sa valeur. Au bout d’un an, leurs parcours commencent à diverger. Cet exemple ne démontre pas l’influence de l’origine sociale dans un cas concret. Il montre toutefois comment la connaissance des règles tacites peut devenir un avantage qui sera ensuite interprété comme une différence d’ambition ou d’assurance. L’origine sociale ne se réduit pas au revenu actuel. Les conditions dans lesquelles on a grandi, la formation des parents, l’accès à des relations et l’expérience des institutions peuvent compter. Une personne disposant aujourd’hui de revenus élevés peut encore apprendre les codes d’un milieu qu’elle a été la première de sa famille à rejoindre. Il ne faut toutefois pas en faire un profil uniforme. Les personnes d’origine comparable diffèrent par leur expérience, leur personnalité et leur manière d’agir, et leurs ressources évoluent avec le temps. Les règles tacites peuvent concerner des questions très ordinaires : la manière de s’entretenir avec son responsable, de demander une augmentation ou de nouer des relations hors de son service. Une personne qui a déjà observé des situations semblables autour d’elle peut trouver ces comportements évidents. Une autre ne les apprend qu’au travail, souvent par essais et erreurs. Cette différence ne prouve ni une ambition ni des aptitudes moindres. Elle peut refléter un accès inégal aux connaissances sur le fonctionnement d’un milieu donné. Il faut cependant éviter d’attribuer à chacun une histoire déduite de son origine. Les expériences s’acquièrent de multiples manières. Le rôle de l’organisation est de rendre les règles nécessaires compréhensibles, et non de deviner qui devrait les connaître dès son arrivée.

Ce qui relève de la compétence et ce qui relève de la maîtrise des codes

La synthèse de Kish-Gephart et de ses coauteurs organise les liens entre classe sociale et travail à différents niveaux d’analyse. Elle aide à voir que des comportements jugés naturels ont parfois été appris auparavant dans certains milieux. Cela ne signifie pas que toute personne à l’aise dans la conversation vient d’un milieu privilégié. Cela invite à vérifier ce que nous mesurons réellement lorsque nous évaluons « l’adéquation », la « maturité » ou le « potentiel de leadership ». Kish-Gephart et al., 2023. En recrutement, il peut s’agir de la manière de se présenter, de la connaissance de certaines activités ou de l’aisance face à une personne au statut élevé. Dans le travail quotidien, cela peut concerner la disposition à négocier, à demander des ressources ou à traiter le responsable comme un interlocuteur. Certains de ces comportements sont utiles professionnellement et peuvent s’apprendre. Le problème survient lorsque la connaissance préalable du code est traitée comme une qualité innée et que ceux qui l’apprennent plus tard sont jugés moins talentueux avant que leurs capacités réelles n’aient été examinées.

Les exigences cachées ont aussi un coût matériel

Une norme tacite peut supposer la participation à des rencontres coûteuses après le travail, une expérience antérieure non rémunérée ou la possibilité de déménager sans sécurité financière. Pour certains, cela reste accessible ; pour d’autres, c’est un véritable obstacle. Si l’organisation ne voit pas ce coût, elle peut interpréter l’absence de participation comme un manque d’engagement. Il faut donc se demander quelles ressources sont nécessaires pour saisir l’occasion proposée et si l’entreprise y donne réellement accès. Cela n’oblige pas à interroger les salariés sur l’histoire financière de leur famille. Il est possible d’améliorer les règles sans collecter de données privées : indiquer les coûts, apporter un financement, organiser les événements importants pendant les heures de travail et ne pas réserver l’accès aux informations aux rencontres privées. La synthèse de Stainback et de ses coauteurs sur les inégalités organisationnelles rappelle le rôle des structures et des pratiques de l’entreprise. La détermination individuelle s’exerce dans des conditions données, jamais en dehors d’elles. Stainback et al., 2010. L’erreur consiste à prendre la maîtrise des codes du milieu pour la preuve d’un potentiel général. Un candidat manie avec aisance certaines références, connaît le style informel des échanges et semble appartenir au groupe. Il possède peut-être réellement les compétences nécessaires, mais cette seule ressemblance ne suffit pas à les évaluer. Il faut demander quels éléments de l’impression sont liés à la tâche et lesquels relèvent d’un sentiment de familiarité. De même, une expression prudente n’indique pas forcément un manque d’autonomie intellectuelle. Des critères rigoureux permettent de distinguer la capacité à résoudre un problème de l’expérience de l’autoprésentation dans un milieu précis. Cela reste important après l’embauche, lorsque les évaluations informelles influent sur l’attribution des projets et l’accès aux décideurs.

Comment rendre les règles accessibles

Il convient d’expliquer clairement comment manifester son intérêt pour un projet, qui peut demander une formation et selon quels critères sont choisis les candidats à une promotion. Affirmer que « la porte est ouverte » ne suffit pas toujours si seules certaines personnes savent avec quelle demande et à quel moment la franchir. Une bonne intégration explique aussi comment obtenir de l’aide et communiquer ses aspirations. La réussite dépend alors moins du fait d’avoir déjà connu une organisation similaire grâce à sa famille, ses relations ou une expérience prestigieuse. Un mentor peut aider à décoder les règles, mais ne doit pas exiger d’imiter toute l’identité du groupe dominant. Un retour utile serait : « Présente la recommandation avant les détails, car les destinataires disposent de peu de temps. » Dire « Tu dois davantage parler comme la direction » l’est moins. Le premier message décrit un comportement et sa finalité. Le second peut recouvrir un ensemble insaisissable de préférences relatives à l’accent, au style ou à l’assurance qui ne sont pas indispensables à la bonne exécution de la tâche.

Comment parler de ses propres besoins

Un salarié peut interroger les règles sans raconter toute son histoire sociale : « Comment les participants à ces projets sont-ils choisis ? », « Que signifie concrètement être prêt pour le niveau suivant ? ». S’il repère un obstacle financier ou organisationnel, il est utile de le nommer sous l’angle de l’accessibilité de l’occasion. Il n’a pas à se présenter comme le représentant d’un groupe ni à prouver un parcours exceptionnel d’obstacles surmontés. L’organisation doit pouvoir répondre à la question d’un accès équitable même si le salarié ne souhaite pas dévoiler son contexte privé. Elle peut réduire l’ambiguïté en expliquant le processus de développement : comment les participants aux projets sont choisis, qui décide et quelle expérience est nécessaire pour le rôle suivant. Il est également utile d’inviter aux questions sans laisser entendre qu’elles trahissent un manque de codes. Un mentor ou un responsable peut expliquer un contexte que d’autres ont appris plus tôt de manière informelle. Il ne doit toutefois pas exiger que la personne abandonne sa manière d’être au profit d’une unique version autorisée du professionnalisme. L’objectif est de donner accès aux connaissances et aux possibilités, pas d’uniformiser les biographies. Il faut aussi vérifier que le coût de participation aux événements informels n’exclut pas certains salariés. Les chances professionnelles ne doivent pas dépendre uniquement de la disposition à engager des dépenses ou à participer à des activités hors du temps de travail convenu.

Les codes tacites peuvent influer sur une carrière avant même d’être reconnus comme un élément du système. Rendre les règles explicites et définir des critères précis aide à distinguer la compétence de l’accès antérieur à un milieu donné. Le but est d’élargir les possibilités de montrer ses aptitudes, et non d’attribuer des caractéristiques aux personnes à partir de leur origine.

Empatyzer pour parler des attentes tacites

Empatyzer peut aider à préparer des questions sur des règles qui paraissent évidentes à certains membres de l’équipe et restent obscures pour d’autres. Dans Parler à Em de vous-même, l’utilisateur peut nommer son domaine d’incertitude et définir l’information dont il a besoin pour prendre une décision professionnelle. Parler à Em d’une personne précise lui permet ensuite de préparer sa manière d’interroger son responsable sur les critères de promotion, la participation à un projet ou les attentes du nouveau rôle. Le profil disponible aide à adapter le langage, mais ne sert pas à tirer des conclusions sur l’origine sociale de l’interlocuteur. Empatyzer ne reconstitue pas l’histoire de vie des salariés et n’explique pas les inégalités par les seuls traits de personnalité. Il peut favoriser une communication qui laisse une place aux questions sans susciter de honte. La transparence des règles, l’accès aux projets et une évaluation équitable des compétences exigent toujours des décisions organisationnelles concrètes. L’outil aide à préparer la conversation sur ces conditions, il ne se substitue pas à leur création.

Sources et recherches

  1. Jennifer J. Kish-Gephart; Kristie J. N. Moergen; Jacqueline D. Tilton; Barbara Gray (2023). Social Class and Work: A Review and Organizing Framework. Journal of Management, 49(1), 509-565. https://doi.org/10.1177/01492063221076822 DOI: 10.1177/01492063221076822
  2. Kevin Stainback; Donald Tomaskovic-Devey; Sheryl Skaggs (2010). Organizational Approaches to Inequality: Inertia, Relative Power, and Environments. Annual Review of Sociology, 36(1), 225-247. https://doi.org/10.1146/annurev-soc-070308-120014 DOI: 10.1146/annurev-soc-070308-120014

Auteur: Empatyzer

Publié:

Mis à jour:

 

""