Comment la menace du stéréotype accroît la pression

TL;DR: La menace du stéréotype désigne la crainte que notre comportement confirme une opinion négative sur le groupe auquel nous sommes associés. Elle n’implique pas que nous adhérions au stéréotype. Ses effets dépendent de la situation et ne touchent pas tout le monde. Des critères clairs, un retour individuel et un environnement où une erreur ne devient pas un commentaire sur tout un groupe peuvent réduire cette pression.

Comment Empatyzer aide-t-il à préparer un retour sans jugement stéréotypé ?

Empatyzer vous aide à préparer une conversation sur la pression liée à l’évaluation et un retour centré sur une personne et une tâche précises.

Fonctionnalités qui peuvent vous aider :

  • Parler à Em de vous-même : Vous aide à clarifier vos inquiétudes et à préparer des questions sur les critères d’évaluation.
  • Parler à Em d’une personne précise : Vous aide à formuler un retour sans étiquettes collectives ni comparaisons inutiles entre groupes.

Plus qu’un simple trac

Une nouvelle spécialiste doit présenter une analyse technique. Juste avant la réunion, elle entend une plaisanterie sur le fait que les femmes choisissent rarement ce domaine. Dès lors, elle ne craint plus seulement de se tromper. Elle redoute aussi que son erreur soit interprétée comme la confirmation d’une opinion sur les femmes. Cet exemple montre comment l’évaluation d’une tâche individuelle peut se charger d’une signification collective. Il ne veut pas dire que tout le monde réagira ainsi ni qu’une seule remarque fera automatiquement baisser la performance. Il met néanmoins en évidence une pression supplémentaire que les autres participants peuvent ne pas percevoir. La menace du stéréotype ne consiste pas à croire que le stéréotype est vrai. On peut le rejeter catégoriquement tout en craignant que l’observateur l’utilise pour interpréter notre comportement. Elle ne se confond pas non plus avec une discrimination effective. Elle concerne l’expérience d’une situation d’évaluation et la possibilité de confirmer l’image négative d’un groupe. Les stéréotypes peuvent viser le genre, l’âge, l’origine ou d’autres catégories, mais ce mécanisme doit être analysé dans un contexte précis et non supposé à partir de la seule identité. La pression peut surgir même en l’absence de commentaire ouvertement offensant. Il suffit qu’une caractéristique soit présentée comme particulièrement importante pour l’évaluation de la tâche et que la personne connaisse le stéréotype négatif qui lui est associé. Pour autant, le simple fait d’être minoritaire ne déclenche pas toujours ce mécanisme. La situation, la manière de présenter la tâche et l’expérience individuelle comptent. Il faut donc éviter un autre raccourci qui expliquerait toute difficulté d’un salarié par son appartenance à un groupe. L’objectif est de réduire une pression d’évaluation superflue, et non de présumer que quelqu’un réussira moins bien. Une conversation sérieuse porte sur les conditions d’exécution de la tâche et les besoins réels de la personne qui doit l’accomplir.

Comment une pression supplémentaire transforme la situation

La synthèse de Walton, Murphy et Ryan examine les implications de la menace du stéréotype pour les organisations, notamment en matière d’évaluation et d’égalité des chances. La littérature décrit plusieurs réactions possibles : une autosurveillance accrue, de la tension, de la prudence ou une prise de distance vis-à-vis du domaine dans lequel la personne se sent jugée à travers son groupe. Les résultats dépendent des conditions et les effets observés en laboratoire ne peuvent être transposés mécaniquement à toutes les tâches professionnelles. Walton et al., 2015. Dans notre exemple, une partie de l’attention peut quitter l’analyse pour se porter sur l’impression produite : est-ce que je parle avec assez d’assurance, ma question paraîtra-t-elle naïve, dois-je reconnaître que je n’ai pas encore vérifié un point ? Ces interrogations peuvent gêner la mobilisation naturelle de ses connaissances. Il ne faut toutefois pas interpréter chaque silence comme une menace du stéréotype. La personne peut être fatiguée, mal préparée ou simplement préférer réfléchir. Le mécanisme est utile lorsqu’il aide à repérer des paramètres supplémentaires de la situation, pas lorsqu’il devient une étiquette de plus.

Tous les écarts de performance n’ont pas la même origine

La synthèse de Spencer, Logel et Davies retrace l’évolution des recherches sur la menace du stéréotype ainsi que la diversité des mécanismes et des conditions. Une application rigoureuse doit éviter deux extrêmes. On ne peut affirmer que le stéréotype explique chaque difficulté rencontrée par un membre d’un groupe donné. On ne peut pas non plus écarter l’influence de l’environnement au seul motif que tout le monde ne réagit pas de la même façon. Il incombe à l’organisation d’éliminer les signaux inutiles d’une évaluation inégale et de mesurer les compétences réelles selon des critères clairs. Spencer et al., 2016. Il faut également se méfier des messages en apparence positifs. « Pour votre âge, vous êtes vraiment à l’aise avec la technologie » est un compliment qui rappelle simultanément un présupposé sur le groupe. De même, « nous avons besoin d’une intuition féminine » peut laisser entendre que la contribution d’une personne doit représenter une caractéristique stéréotypée plutôt que ses connaissances. Un meilleur retour porte sur l’action : la pertinence de l’analyse, les questions posées ou la manière de résoudre le problème. Il permet de parler des compétences sans déclencher inutilement des comparaisons entre groupes. Dans une organisation, la manière de féliciter peut involontairement donner plus d’importance à une catégorie. La phrase « pour quelqu’un de votre âge, vous vous en êtes très bien sorti » semble valoriser le résultat, mais rappelle aussi que les attentes envers le groupe étaient moindres. De même, souligner publiquement qu’une personne démontre les capacités de tous ceux qui lui ressemblent peut lui imposer le poids supplémentaire de les représenter. Il vaut mieux relier la reconnaissance à l’action précise, aux connaissances mobilisées et au résultat obtenu. Le salarié peut alors recevoir le compliment comme portant sur sa propre contribution. Il n’a pas à se demander si sa prochaine erreur servira de preuve au sujet de toute une catégorie. Individualiser l’évaluation est utile, qu’il soit ou non possible de confirmer la présence d’une menace du stéréotype dans la situation.

Ce que peut changer la personne chargée de l’évaluation

Avant la tâche, il est utile de préciser ce qui sera évalué et ce qui caractérise un bon résultat. Pendant l’entretien, il faut éviter les commentaires laissant entendre que la prestation d’une seule personne dit quelque chose de son groupe. Le retour peut associer des exigences élevées à un soutien concret : « Il manque deux hypothèses dans l’analyse. Complétons-les, car le reste de l’argumentation constitue une bonne base. » Il ne s’agit ni d’abaisser les exigences ni de rassurer artificiellement, mais de montrer que l’exigence porte sur un travail perfectible et non sur une catégorie attribuée à la personne. Dans l’équipe, il est utile de prévoir différentes façons de contribuer : recevoir les documents en amont, disposer d’un temps de réponse et pouvoir transmettre une remarque par écrit. Ces solutions ne constituent pas un traitement spécifique de la menace du stéréotype. Ce sont des pratiques qui rendent l’évaluation moins dépendante d’une seule prestation sous pression. Il est tout aussi important de réagir aux plaisanteries et généralisations qui donnent aux erreurs une signification collective. Le silence du responsable peut laisser planer un doute sur l’acceptabilité de ce mode d’évaluation.

Soutenir une personne sans lui attribuer une expérience

Au lieu d’affirmer « tu souffres certainement des stéréotypes », on peut demander : « Y a-t-il quelque chose dans la façon dont ces réunions sont menées qui t’empêche de montrer ton travail ? ». La réponse peut révéler un tout autre problème. Si la personne évoque elle-même une pression liée au groupe, il faut la prendre au sérieux et discuter des situations concrètes. Il n’est pas nécessaire qu’elle prouve tout le mécanisme psychologique avant que l’organisation ne réagisse à un commentaire déplacé. Le respect élémentaire n’exige pas une telle preuve. Il convient aussi d’examiner la manière dont les erreurs et l’apprentissage sont présentés. Quand une tâche est nouvelle, l’incertitude ne doit pas être automatiquement interprétée comme un manque d’aptitudes. Des critères clairs, la possibilité de poser une question et des informations sur ce qu’il est possible d’apprendre aident à maintenir l’attention sur le travail. Cela ne signifie ni renoncer aux exigences ni abaisser spécialement le niveau pour une personne donnée. Il s’agit au contraire de décrire une même norme de sorte qu’elle soit compréhensible et accessible. Le responsable doit aussi réagir aux étiquettes collectives employées dans les échanges. Demander de se concentrer sur un comportement précis est souvent plus utile qu’un long débat sur les bonnes intentions éventuelles de l’auteur du commentaire.

Une tâche professionnelle doit évaluer des compétences, et non contraindre une personne à représenter tout un groupe. Des critères clairs et un retour individuel réduisent une pression inutile. Comprendre la menace du stéréotype aide à améliorer les situations d’évaluation lorsque cette notion est utilisée sans diagnostic automatique ni généralisation excessive.

Empatyzer pour préparer un retour individualisé

Empatyzer peut aider à préparer une conversation centrée sur une personne et une tâche précises au lieu d’activer des comparaisons entre groupes. Dans Parler à Em d’une personne précise, le responsable peut affiner un retour comprenant une observation, son importance pour le travail et l’étape suivante attendue. Le profil disponible aide à adapter la communication, mais ne doit pas servir à attribuer des limites fondées sur l’âge, le genre ou l’origine. Une personne qui ressent cette pression peut utiliser Parler à Em de vous-même pour préparer des questions sur les critères d’évaluation et le soutien nécessaire. Em ne diagnostique pas la menace du stéréotype et ne détermine pas si elle a modifié un résultat. Il aide à structurer la conversation et à éviter les étiquettes inutiles. Les mesures finales doivent porter sur les conditions réelles de la tâche, le mode d’évaluation et la réaction de l’équipe aux commentaires qui déplacent l’attention de la contribution individuelle vers l’appartenance à une catégorie.

Sources et recherches

  1. Gregory M. Walton; Mary C. Murphy; Ann Marie Ryan (2015). Stereotype Threat in Organizations: Implications for Equity and Performance. Annual Review of Organizational Psychology and Organizational Behavior, 2(1), 523-550. https://doi.org/10.1146/annurev-orgpsych-032414-111322 DOI: 10.1146/annurev-orgpsych-032414-111322
  2. Steven J. Spencer; Christine Logel; Paul G. Davies (2016). Stereotype Threat. Annual Review of Psychology, 67(1), 415-437. https://doi.org/10.1146/annurev-psych-073115-103235 DOI: 10.1146/annurev-psych-073115-103235

Auteur: Empatyzer

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