« Ça va ? » — Quand le small talk ne veut pas dire la même chose pour tout le monde

Appel du matin sur un projet commun. Karim ouvre la conversation comme à son habitude.

— Salut Tomasz ! Ça va ? Bon week-end ?
— Oui. Il y a deux anomalies dans l’analyse d’hier.

Karim a l’impression que Tomasz a sauté la personne pour aller directement à la tâche. Tomasz est satisfait qu’ils soient entrés tout de suite dans le sujet.

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Ce qui s’est vraiment passé

Pour Karim, « ça va ? » remplit deux fonctions à la fois. La question peut appeler une vraie réponse, mais elle signifie aussi : « je te vois comme une personne avant de passer à la tâche ». Tomasz l’entend de manière plus littérale. Si la réponse « oui » ne change rien à la suite, il voit peu d’intérêt à prolonger et passe directement à l’analyse. Pour lui, cela évite une proximité artificielle et fait gagner du temps. Karim vit l’absence de ce petit rituel comme si la relation elle-même avait été sautée. Une même phrase peut donc chercher de l’information et, en même temps, créer du lien.

Ce que dit la recherche

Les linguistes décrivent depuis longtemps les échanges dont la fonction principale n’est pas de transmettre une nouvelle information, mais d’ouvrir, maintenir ou réchauffer le contact social : la communication phatique. Les recherches sur les interactions au travail montrent que de brefs échanges apparemment « improductifs » peuvent contribuer aux relations et au sentiment d’appartenance, avec une fonction différente de la conversation purement orientée tâche (Holmes, 2000 ; travaux plus récents sur le small talk professionnel). Cela ne signifie pas que tout le monde doit aimer le small talk. Cela signifie simplement qu’il n’est pas toujours un emballage vide autour de la « vraie » information.

Comment aborder la situation

Une personne très orientée tâche n’a pas besoin d’inventer cinq minutes de préambule. Dix secondes de contact réel peuvent suffire : « Bon week-end ? », écouter la réponse, puis « On regarde le rapport ? » À l’inverse, une personne plus relationnelle ne doit pas forcer la confidence ni interpréter chaque réponse courte comme de la distance. Une transition claire peut aider : « Je te demande vraiment comment tu vas d’abord, puis j’ai deux questions de travail. » Règle générale : avant de traiter le small talk comme une perte de temps — ou son absence comme un manque d’intérêt — vérifiez la fonction sociale qu’il remplit pour l’autre.

Comment Empatyzer et Em peuvent aider

Empatyzer peut aider Karim et Tomasz à voir que même une question aussi banale que « ça va ? » n’a pas la même fonction pour eux. Le profil de Karim peut indiquer un besoin plus fort de construire la confiance par le contact, tandis que Tomasz aborde les questions de manière plus littérale et orientée tâche. Em peut aider Karim à combiner chaleur et clarté, et Tomasz à comprendre qu’une brève question relationnelle n’est pas forcément une invitation à raconter sa vie. Les microleçons aident à reconnaître la fonction sociale du small talk sans forcer ni la confidence ni la froideur. Avant une conversation importante, Em peut par exemple proposer à Karim : « Ça va ? Tu n’as pas besoin de me raconter les détails ; je voulais seulement vérifier que nous pouvons passer à X. » On garde ainsi la chaleur du contact sans créer une attente de confidence.

Sources et recherches

  1. Janet Holmes (2000). Doing collegiality and keeping control at work: Small talk in government departments. Small Talk (Justine Coupland, Ed.), Longman, 32-61. https://doi.org/10.4324/9781315838328-3 DOI: 10.4324/9781315838328-3
  2. Isabella Nordlund; Bino Catasús; Katarina Kaarbøe (2025). Introducing accounting small talk: on genres of accounting talk. Accounting, Auditing & Accountability Journal, 38(9), 30-54. https://doi.org/10.1108/AAAJ-10-2022-6087 DOI: 10.1108/AAAJ-10-2022-6087

Auteur: Empatyzer

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