Comprendre la blessure morale au travail

TL;DR: La blessure morale est liée à l’expérience d’une violation de convictions morales profondément importantes, qu’elle résulte de nos actes, de notre inaction ou du comportement d’une autorité. Ce terme ne désigne ni tout conflit de valeurs ni un diagnostic autonome. Il faut pouvoir parler de l’événement, limiter l’exposition ultérieure et accéder à un soutien approprié ; renforcer la seule résilience ne supprime pas la source du problème.

Comment Empatyzer aide-t-il à préparer une conversation sur un conflit de valeurs ?

Empatyzer peut vous aider à préparer une conversation sur un conflit de valeurs et à formuler vos réserves concernant une action précise. Il ne tranche pas la responsabilité juridique et ne remplace pas l’aide de spécialistes.

Fonctionnalités qui peuvent vous aider :

  • Vos valeurs : Vous aide à examiner les priorités qui comptent dans vos décisions et votre appréciation de la situation.
  • Parler à Em de vous-même : Vous aide à clarifier l’objectif de la conversation et à préparer une description du problème ainsi que du changement nécessaire.

Une fatigue que le nombre d’heures n’explique pas

Un conseiller clientèle doit transmettre aux clients un message qu’il juge trompeur. Il exprime plusieurs fois ses réserves, mais on lui répond que « ce sont les objectifs ». Le soir, il ne pense pas seulement à sa surcharge de travail, mais se demande aussi : « Pourquoi ai-je accepté cela ? ». Cet exemple illustre un dilemme qui peut comporter une dimension morale. Il ne suffit toutefois pas à conclure à une blessure morale. Il aide à comprendre que la charge peut provenir d’une atteinte à l’image de soi comme personne honnête, et pas uniquement de la pression et de la fatigue. La notion de moral injury s’est surtout développée dans les recherches sur les expériences militaires et d’autres situations à forts enjeux moraux. Elle recouvre les conséquences possibles du fait de participer à un événement, d’en être témoin ou de subir la trahison d’une autorité lorsque des principes profondément partagés sont violés. Il importe de distinguer un événement potentiellement moralement blessant de ses effets. Deux personnes peuvent vivre différemment une situation comparable ; la seule description des circonstances ne permet pas de poser un diagnostic. Cette distinction compte, car le repos et une diminution du nombre de tâches ne répondent pas toujours au cœur de l’expérience. Une personne peut revenir sans cesse aux questions de savoir si elle a respecté ses principes, qui elle a trahi et si elle aurait pu agir autrement. Toute décision désagréable ne doit cependant pas être qualifiée de blessure morale. Le travail exige souvent de choisir entre des solutions imparfaites, et un conflit de valeurs ne préjuge pas à lui seul des conséquences ultérieures. Le sens de l’événement, les conditions d’action et la manière dont il est vécu importent. Cet article peut aider à formuler les questions, mais ne remplace pas une appréciation individuelle de la situation. Il faut être particulièrement prudent lorsque l’on transpose à une déception organisationnelle ordinaire ou à un désaccord avec un manager des concepts élaborés dans des contextes de menace intense.

Ce que montrent réellement les recherches

Williamson, Stevelink et Greenberg ont réalisé une revue systématique et une méta-analyse sur la blessure morale dans les contextes professionnels. Les résultats font apparaître des associations entre ce type d’expérience et des problèmes de santé mentale, mais il faut tenir compte de la base de recherche et des populations étudiées. Ils ne permettent pas d’affirmer qu’une frustration de bureau ordinaire équivaut au vécu de personnes qui travaillent dans des conditions de menace extrême ou portent la responsabilité de vies humaines. Williamson et al., 2018. La transposition de ce concept aux organisations ordinaires constitue un champ émergent de la littérature. Il convient de l’utiliser avec prudence pour ne pas banaliser des expériences graves ni médicaliser chaque désaccord avec une décision de l’entreprise. Il est légitime de dire qu’un conflit moral mérite une attention particulière. Nul besoin de le qualifier aussitôt de blessure morale pour reconnaître qu’un salarié doit pouvoir signaler ses réserves et ne devrait pas être contraint à une action qu’il juge gravement préjudiciable.

Pourquoi le conseil général de se reposer peut manquer l’essentiel

Si une personne estime avoir trahi un principe essentiel, un week-end de repos peut l’aider à reprendre des forces, mais ne répondra pas à la question de sa responsabilité. Dans notre exemple, le salarié doit aussi savoir si le message adressé aux clients sera modifié et s’il peut refuser de continuer à le transmettre. Le problème concerne le contenu de l’action, et pas seulement la gestion des émotions. La réponse de l’organisation doit donc comprendre une évaluation de la situation et des conditions qui l’ont produite. Il est utile de distinguer trois questions : que s’est-il passé, quelle influence la personne a-t-elle eue et quelle signification morale donne-t-elle à l’événement ? Un salarié peut s’attribuer une responsabilité supérieure à sa marge de décision réelle. Il peut aussi chercher à s’en décharger entièrement. Une conversation rigoureuse ne commence ni par l’assurance toute faite « tu n’as rien à te reprocher », ni par un jugement. Elle nécessite des faits, le contexte des dépendances et un espace pour comprendre ce qui, aux yeux de la personne, a été violé. Il convient de distinguer la marge d’action dont elle disposait des connaissances acquises seulement par la suite. Après l’événement, il est facile de juger la décision antérieure comme si toutes les informations aujourd’hui disponibles l’avaient été dès le départ. Cela ne revient pas à éluder les responsabilités. Il s’agit de reconstituer honnêtement ce que la personne savait, les possibilités qui s’offraient à elle et les contraintes qui lui étaient imposées à ce moment-là. Les conséquences qui appellent réparation doivent être examinées séparément. L’organisation peut aider en expliquant honnêtement le processus et en reconnaissant les difficultés réelles, au lieu d’assurer automatiquement que tout allait bien. Une telle assurance peut couper court à la discussion lorsque le salarié a précisément besoin que soit pris au sérieux le conflit entre son action et les principes auxquels il tient.

Comment parler d’une objection morale

Il est utile de formuler concrètement ses réserves : « Je crains que ce message n’omette une information importante pour la décision du client. Je souhaite vérifier comment nous pouvons l’améliorer. » Cela permet de passer d’un jugement général sur l’entreprise à une pratique précise. Selon la situation, il peut être nécessaire de parler au manager, à la fonction de contrôle compétente ou à un spécialiste indépendant. Si l’affaire porte sur une possible infraction à la loi, l’analyse juridique constitue une tâche distincte et ne doit pas être remplacée par une explication psychologique. Le responsable qui reçoit ce signalement doit éviter de présenter le problème comme un manque de résilience ou de loyauté. Il peut s’informer de la conséquence concrète, de la protection nécessaire et de la possibilité de suspendre l’action jusqu’à clarification. La réponse apportée après examen est tout aussi importante. Sans retour, le salarié peut avoir le sentiment que ses réserves n’ont été écoutées que pour qu’il reprenne les mêmes consignes. La responsabilité de l’organisation exige un processus visible, et pas seulement un ton empathique.

Quand un soutien supplémentaire est nécessaire

Si l’expérience entraîne une souffrance persistante, une forte culpabilité, des troubles du sommeil ou des difficultés dans le fonctionnement quotidien, il est utile de consulter un spécialiste approprié. La personne n’a pas à déterminer seule le nom qui correspond le mieux à ses symptômes. En parallèle, les conditions de travail doivent être examinées. Le soutien individuel ne doit pas servir à adapter une personne à une source de préjudice restée inchangée. Ces deux niveaux, personnel et organisationnel, peuvent nécessiter une action, même si elle ne vient pas toujours au même moment ni des mêmes intervenants. La possibilité de modifier les conditions à l’origine de l’événement compte également. Si les salariés doivent régulièrement choisir entre des exigences impossibles à concilier, parler uniquement de résilience ne suffira pas. Il faudra peut-être revoir la procédure, donner accès à des consultations ou établir une voie claire pour signaler les réserves avant la décision. Il convient de déterminer qui a le droit d’arrêter l’action et sur quelle base. Dans le même temps, tous les problèmes ne peuvent se résoudre au niveau de l’équipe. Lorsque l’expérience affecte fortement la santé, les relations ou le quotidien, l’accès au soutien spécialisé adéquat est important. Le salarié ne doit pas être laissé seul avec la charge de résoudre à la fois les causes organisationnelles et les conséquences personnelles d’un événement difficile.

Toute expérience difficile n’est pas une blessure morale, mais la violation de principes importants ne doit pas être réduite à un stress ordinaire. Il faut clarifier l’événement, les responsabilités et la possibilité de modifier les conditions. L’aide commence par une prise au sérieux de ce qui a été moralement atteint pour la personne.

Empatyzer pour préparer une conversation sur un conflit de valeurs

Empatyzer peut aider à préparer une conversation professionnelle sur une action qui soulève de graves réserves. La fiche Vos valeurs offre un point de départ pour nommer les principes importants pour l’utilisateur, tandis que Parler à Em de vous-même l’aide à structurer la description de la situation et le but du prochain échange. Il est possible de préparer une question sur le fondement d’une décision, l’étendue de sa responsabilité ou la possibilité d’adopter une autre solution. Il est utile de distinguer les faits du jugement moral sans minimiser la portée de son expérience. Empatyzer ne diagnostique pas la blessure morale, ne tranche pas la responsabilité juridique et ne dispense pas de thérapie. Il ne doit pas non plus se substituer à un signalement approprié si l’affaire exige une enquête formelle. Son rôle consiste à aider à formuler le message et à définir la conversation nécessaire. L’utilisateur peut ainsi mieux préparer sa description pour son manager ou la personne compétente chargée de l’accompagner ; l’évaluation des faits et le choix de l’aide ultérieure doivent reposer sur les circonstances réelles et les compétences des spécialistes appropriés.

Sources et recherches

  1. Victoria Williamson; Sharon A.M. Stevelink; Neil Greenberg (2018). Occupational moral injury and mental health: systematic review and meta-analysis. The British Journal of Psychiatry, 212(6), 339-346. https://doi.org/10.1192/bjp.2018.55 DOI: 10.1192/bjp.2018.55

Auteur: Empatyzer

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